Isla Navarino

Caleta Wulaïa, Isla Navarino, Tierra del Fuego, Chili / 55°02’S 68°11’W / 2015
Ici débarquèrent du Beagle, le 23 janvier 1833, Charles Darwin et Robert FitzRoy.
Ils en repartirent avec à leur bord quatre indigènes, aux fins d’études ethnographiques en Angleterre.
Ce lieu de l’Isla Navarino recèle des fragments archéologiques de la société des Yagan, remontant à 10’000 ans.
C’est maintenant un site protégé, sanctuaire de biodiversité; l’accès en est très étroitement contrôlé.
Mais avant, il y eu cette formidable navigation dans les fjords et canaux de la Tierra del Fuego.

Glacier Pia, Cordillère Darwin, Canal de Beagle

 Lire l’article : Isla Navarino

An American Roadtrip 1975

The Road Trip, dans l’esprit des lieux, une tradition établie. On sait la place du Road Trip dans la littérature et le cinéma nord-américains. Deux titres viennent immédiatement à l’esprit, «Easy Rider» au film, et «Sur la route», de Jack Kerouak, en littérature. Une page du magazine en ligne Slate est consacrée aux «plus grands road trip littéraires américains». Samuel  Bowles, précurseur du Road Trip, écrivait il y a 150 ans dans «Accross the Continent» : «Pas de meilleure manière de connaître la nation que d’y voyager, de voir de ses propres yeux ses vastes étendues, sa richesse variée et grouillante, et, par-dessus tout, son peuple résolu».
Les voyageurs anglais des siècles passés effectuaient leur Grand Tour initiatique d’Europe et du Proche-Orient en passant d’une cité historique à l’autre, les sites archéologiques rythmant leurs étapes. En Amérique du Nord, ce gros morceau de continent brut, les quelques villes-phares sont sur les côtes est et ouest. L’intérieur du pays, un grand vide. Des plaines vouées à l’agro-industrie, parsemées de quelques pôles administratifs. Les paysages, la nature, constituent l’intérêt principal du voyage. Les plus spectaculaires sont situés, eux aussi, sur les marges. Le tracé se dégage assez naturellement, avec ses prolongements Mexique / Guatemala / et une frange de Canada.
En déplacement à travers la géographie, entrecoupé de quelques pauses dans les principales métropoles. Périple en 101 jours – 33’341 kilomètres. Des étapes en mouvement, au plus près de la géographie.

 

Qui dit Road Trip dit Roadbook. Activité hivernale lors de ce séjour d’un an aux USA, la préparation d’un outil maison. A partir de la documentation de l’AAA-American Automobile Association, de cartes de Exxon Co. Touring Service, et de celles des Highway Departments de divers états. Résultat un cahier de 150 pages au format A4. Je présente la chose à Discover America; on n’a jamais vu un tel travail, et on me donne un sticker pour le coller sur notre VW combi. Le formidable réseau routier US, largement prolongé tant au Mexique qu’au Canada, permet des déplacements aisés, à vitesse limitée, et en sécurité.

Les parcs et leurs campings sont autant de points d’étapes, dans des sites intéressants. Les mêmes stations d’essence, les mêmes super-markets d’un coin à l’autre – l’homogénéité de ce sous-continent. Nombreuses journées de strict déplacement, certaines où il n’y a rien à voir, seulement faire du chemin – just moving.

A suivre !

Rêve de vieux gamin

Tian Shan, Kirghizstan / 2018

Ma nouvelle voiture !
Françoise va me l’offrir pour mon anniversaire (si j’ai bien compris).
Bon, pour l’instant, elle est encore à Karakol, Kirghizstan / 42°48’N 78°36’E.
Et elle n’est pas encore payée.
Mais on va s’en occuper bientôt (j’espère).

Je réfléchis déjà pour installer un téléphone satellite, le wifi.
Et un samovar commandé par smartphone.
Et un réservoir à kvas.

Là, c’est Sultan, l’ancien propriétaire (plus que pour un petit moment).
Nous sommes au Chong Ashuu, 3’822 m / 42°19’N 78°8’E / il pose les manchons de crabotage.
Quand la voiture sera là, je ferai monter un système électronique, commandé par smartphone (évidemment).

Fatehpur Sikri

Fatehpur Sikri, Uttar Pradesh, Inde / 27°5’N 77°40’E / 1982
(…) De l’univers protéiforme de l’architecture en Inde, du massif, énorme Fort Rouge de Dehli, en passant par les hautes façades dominant les ghâts de Varanasi; Agra, les deux objets architecturaux, trop parfaits dans leur symétrie que sont le Taj Mahal et l’Itimad-ud-Daulah; et jusqu’aux joyeusetés du Kamasoutra en hauts-reliefs de Khajurâho, un site émerge : Fatehpur-Sikri. (…) C’est le plan, tout d’abord, qu’il faut voir. Surtout celui de l’ensemble palatin, le plus détaillé qui a été reproduit. Il n’y aurait aucune difficulté à le transposer pour un complexe moderne, quelques part dans une capitale occidentale. Ce tracé est la démonstration péremptoire de l’universalité de l’Architecture (…)

Lire l’article : Fatehpur-Sikri

Rappel pour les habitants du Grand Genève, le blog ad hoc : http://rolandmeige.blog.tdg.ch/

Népal Newar

Patan, Népal /27°39’N 85°19’E/1982-2002-2003
Une douzaine de villes, de cités, de bourgades, de toutes tailles, représentent les principaux établissements humains de ce Népal Newar, de grande homogénéité urbanistique et architecturale. Reconnu de longue date, objet de l’intérêt d’archéologues, architectes, historiens, ainsi que de l’UNESCO, la pérennité de ce patrimoine vivant n’est pas garantie. D’une part, l’entretien de ces monuments et bâtiments complexes est hors des moyens de la population comme du pays, le Népal. D’autre part, les catastrophes naturelles qui sévissent régulièrement dans la région précipitent les destructions, souvent irrémédiables.

Lire l’article : Népal Newar

Kathmandu’s Festivals

Katmandou, Népal / 27°43’N 85°19’E / 2002, 2003
(…) Pashupatinath, sur la rive droite de la Bagmati. Immersion dans la foule de Maha Shivaratri, The Night of Lord Shiva. D’infinies déambulations autour des temples. Sur les ghâts, des crémations.  Partout des sâdhus venus de toutes les régions de l’Inde tiennent les lieux. Répandus sur les diverses esplanades, dans l’âcre odeur des feux de bouse et de fumettes les plus variées.(…)

Lire l’article :  Kathmandu’s Ferstivals

Manoirs dans la taïga

Astashevo, oblast de Kostroma, Russie / 58°38’N 44°0’E / 2017
(…) Au bout d’une petite heure, la forêt s’éclaircit, une haute maison de bois apparaît entre les arbres. Puis une clairière, et un imposant autre « terem », dans un état plus brut. D’apparence inhabité, mais un personnage apparaît au bout d’un moment sur le perron en bois. (…)

Lire l’article : Manoirs dans la taïga

« Barcelona modern »

Barcelone, Espagne / 41°23’N 2°10’E / 2007
Ciutat de Barcelona, Catalunya Barcelona modern. En catalan, la langue vernaculaire des indépendantistes, qui sonne à nos oreilles comme un hybride d’hispano-français. Barcelone moderne, que nous ne confondrons pas avec le Modernisme catalan, ramure locale de l’Art Nouveau qui se répandit en Europe au tournant des XIXe et XXe siècles. Nous en avions fait le tour lors de précédentes visites, avec, évidemment, centrale, l’œuvre protéiforme de Gaudi.
Nous revenons pour, certainement, un dernier passage. Barcelone est la ville d’Europe qui a vécu une des plus amples phases de rénovation urbaine. Barcelone est exemplaire dans le domaine, elle est l’un des « laboratoires d’urbanisme » de la Vieille Europe. Après le Plan Cerdà de 1860, qui ordonne durablement la ville, les Jeux Olympiques de 1992 sont l’occasion d’une étape décisive.

Les divers équipements sportifs sont implantés de manière à constituer de futurs pôles de revitalisation urbaine. Et, surtout, Barcelone s’ouvre sur la mer. On ne craint plus la mer, on ne lui tourne plus le dos. Comme de nombreuses villes portuaires, les fronts maritimes étaient avant tout fonctionnels, dégénérant en friches industrielles.

La reconquête de ces espaces se fait au profit de la population. En bordure de nouveaux quartiers, des aménagements de détente, sports et loisirs sont planifiés le long de la côte urbaine. Autant de lieux de socialisation, de cette nouvelle urbanité, hédoniste. Qui va attirer, aussi, de nombreux touristes. Les architectes catalans, qui ont, déjà, une excellente réputation internationale, se voient offrir un fantastique terrain de compétition. Les réalisations de qualité vont ponctuer la décennie qui suit, dans une belle synthèse entre Mouvement moderne et sensibilité latino-ibérico-catalane (aux futurs historiens, la responsabilité d’une définition plus précise). Le Mouvement moderne, Barcelone est possède deux icônes. La plus ancienne, le Pavillon Mies van der Rohe, son original construit en 1929 pour l’Exposition internationale de Barcelone. Elle en fut le Pavillon allemand, démonté en 1930. La Mairie de Barcelone décide, en 1983, sa reconstitution, sur l’emplacement initial. Emblématique, par son minimalisme, de l’architecture moderne, le très modeste pavillon devient objet touristique. Il en ira de même du MACBA – Museu D’Art Contemporani de Barcelona, réalisé en 1995, dessiné par Richard Meier, star étasunienne du Mouvement moderne – phase finale.

Meier produit une architecture plastiquement très forte, articulée, toujours exprimée en volumes de pur blanc. Il est l’auteur de nombreux musées; programme formidable, possibilité de larges déploiements spatiaux. Meier ne s’intéresse pas à la muséographie, au contenu. Il exige de faire photographier ses musées avant l’accrochage des œuvres. Ici, lors de notre passage, il n’y a d’ailleurs que d’indigentes expositions : n’y aurait-il pas, en général, trop de musées ?…Sortant d’un tour décevant, dans le grand hall, je tape, par réflexe, contre l’un de puissants piliers. Son creux, ce n’est pas la structure porteuse du bâtiment. Qu’un habillage pour donner de l’effet. Revenant à Mies, je savais aussi, l’avais expérimenté in situ, les divers artifices structurels de ses emblématiques tours newyorkaises. Fake architecture, made in USA.

Obligée, la descente des Ramblas. Que de monde, dans les deux sens, des gens du monde entier – dont nous sommes. Plus de perspective. Latéralement, la très noble Plaça Reial est encore praticable; nous sommes en octobre, le gros du tourisme est passé. Le succès de la ville va aller en s’amplifiant. Le tourisme de masse, par avions, TGV ou villes flottantes, va envahir la ville. Dix ans plus tard, les habitants n’en peuvent plus de ces hordes. Des mouvements citoyens veulent retrouver leur ville. Comme Venise, Dubrovnik, Rome – d’autre suivront, c’est certain.

Mais ce qu’il y a de particulier, avec Barcelone, c’est que la popularité de la ville est le fait, pour beaucoup, de sa modernisation. C’est, en cela, exemplaire.

Post scriptum pour les habitants du Grand Genève (sic).
Un nouveau blog, dans la Tribune de Genève : « Vu de Terre Sainte ».

« Masque nègre »

Bobo-Dioulasso, Burkina Faso / 11°9’N 4°18’W / 1990
« Masque nègre », entre guillemets; l’expression n’est plus admise, elle est incorrecte. (…) Ce masque, bien modeste et « sans valeur » en regard du foisonnant patrimoine africain, fait partie de la demi-douzaine collectée au cours de nos voyages. Ils ont toujours été acquis localement, dans les meilleures conditions. Des objets ordinaires, souvent considérés comme du rebut par les locaux, et à des prix toubabs, évidemment. Celui-ci était dans un lot que Françoise avait repéré dans une baraque hors ville, à Bobo-Dioulasso, où elle s’était rendue, assez témérairement. Alors que, baignant dans une mauvaise sueur, abruti au Lariam, j’attendais que la crise de paludisme se dissipe.(…)

Lire l’article : Masque nègre
…et allez voir le site roland-meige.photos, il s’étoffe, en pages et en images.
« Pour le plaisir des yeux ».

Guanajuato

Guanajuato, Mexique / 21°1’N 101°15’W / 1975
Déambulant dans les tortueuses ruelles de la vieille cité coloniale enserrée au creux de son étroite vallée, nous débouchons sur cette place. Des maisons colorées en fond de décor, une église évidemment, une fontaine. La terrasse de l’estancia aux frais nappages, chaises à hauts dossiers bancales sur les gros galets, nous attendent pour la prochaine comida. Un campesino sort de la pulqueria, remonte en selle. C’est le pittoresque du Mexique immuable. Il ne manquerait plus que les deux pétroleuses (Bardot/Cardinale) déboulent, bustes bombés reins cambrés, dans un tournoiement de jupons.

Il y a quelques jours, sur une route dans les sierras, des militaires embusqués nous arrêtaient, et fouillaient notre brave Combi VW. Un grand gaillard, posant son arme sur la banquette arrière et s’apprêtant à mettre ses pattes suintant la graisse à fusil dans la lingerie de Françoise, je l’interrompis d’un brusque : No toca a la ropa de mi mujer ! Il se retira, non sans jeter un regard concupiscent à ladite mujer, stoïque à l’avant. C’était la drogue, déjà, objet de la chasse des forces de l’ordre. La situation sur ce point n’a guère changé; s’y est ajoutée la criminalité. CARTO (no. 47, mai-juin 2018), livre un article : « Mexique : qui pourra arrêter la violence des cartels ? ». Guanajuato est sous l’emprise du CJNG – Cartel de Jalisco Nueva Generación. On attribue à ce gang, qui sévit du Golfe du Mexique à la Côte Pacifique, le score de 11’000 homicides volontaires sur les 25’000 enregistrés en 2017. Et personne n’est épargné, les femmes paient un lourd tribut à cette horreur.

Nous ne pourrions pas refaire, dans les mêmes conditions, cette partie de ce long voyage de 1975. Dans son récent ouvrage (« Saisons du voyage ». Stock. 2018) Cédric Gras, talentueux autant que sentencieux, nous dit : « (…) Il faut regarder le monde en face, droit dans les yeux. Ou bien l’on ne pratique pas le voyage, car c’est l’ailleurs et non le passé qui en forme l’objet.(…) ». Bon, d’accord, mais on peut tout de même avoir des regrets.

Plus loin, Gras dit encore : « Ecrire est la conclusion du voyage, une manière de s’en débarrasser en le refourguant aux autres. On se raconte son histoire pour mieux la digérer. On reprend le déroulé, parfois des décennies après. Pour ne pas affliger le lecteur, on fait des impasses, on met bout à bout les fulgurances, on recolle l’archipel du bonheur en enfilant les quelques perles de ses tribulations. (…) »

Ce blog, c’est un peu ça, non ? Mais qu’est-ce qu’il écrit bien, Cédric Gras.

Et si vous êtes las de ce bla-bla, allez voir des images sur : Roland Meige Photographie

Chez nous

Château de Chillon, Vaud, Suisse / 46°24’N 6°55’E / 2018
Chez nous, une croisière lémanique
Trêve d’exotisme, de paysages déboussolants, d’étranges architectures et de confrontation à l’altérité, une journée de tranquillité, dans le bleu lénifiant du Lac Léman. C’est sacrifier au «tourisme interne», ce à quoi nous serons réduits, sous peu, l’âge venant…Ce qui n’exclu pas de porter un regard curieux sur l’environnement, le notre, comme on le fait en d’autres lieux. (…)

Lire l’article :  Chez nous

Chez Nekrassov

Karabikha, oblast de Iaroslav, Russie / 57°30’N 39°45’E / 2017
Ciel gris et bas, premiers frimas. Sortie de Iarosalv, longeant, longtemps, les tuyaux d’une raffinerie de pétrole. Dire que nous sommes si dépendants de ce cauchemardesque univers.
15 kilomètres, Karabikha. Le domaine de Nikolaï Nekrassov, Nikolaï Alekseïevitch Nekrassov (1821-1877).
Grand poète national, fils rebelle, critique, satiriste. Dans les années 1870,  « l’idole des jeunes » de son pays. Œuvre majeure, qui a laissé des traces indélébiles dans les têtes des écoliers de toutes les Russies. Anna cite de mémoire :

« Однажды, в студеную зимнюю пору
Я из лесу вышел; был сильный мороз. »

« Un jour que régnait un grand froid d’hiver
Je sortais du bois, le gel était sévère » (…).
(« Le petit moujik »)

Esprit critique, vie de grand bourgeois, vaste domaine. Un jardin à la française, diverses résidences, du poète, de son frère, un corps de réception. Plus loin, derrière un rideau de tilleuls de belle taille, des communs. Puis des espaces de maraîchage, et un bois qui s’étend, au-delà du regard, dans des ondoiements de terrain.

La demeure du poète, visite; glissant, dans les chaussons maison, sur des parquets marquetés. Deux étages, les pièces principales donnant sur les façades. Un noyau de pièces secondaires, d’espaces de services, permettant, aussi, d’alimenter les grands poêles situés aux deux angles intérieurs des pièces, parfaitement intégrés du sol au plafond.

L’ensemble meublé au plus proche de l’époque, placé sous contrôle rigoureux d’une escouade de gardiennes, babouchka revêches, attentives à tout geste inconsidéré des visiteurs. Alors que je me penche vers le détail de la charnière délicatement encastrée d’un pupitre de voyage, l’une d’elles s’apprête à bondir. Je retiens aussitôt mon geste, on a frisé l’incident. D’un autre style, l’accorte guide locale, aspirante bimbo, donne d’heureusement brèves explications. En Russie plus qu’ailleurs, le visiteur peut aisément être englouti dans d’interminables digressions historiques.

Rassemblement de jardiniers, de balayeurs, nombreux, le long de l’allée de gravier. Comme dit Anna, c’est tout le village qui semble avoir un emploi d’état dans ce morceau de patrimoine. Heureuse sauvegarde, témoin du temps ancien, ceux des grands propriétaires, du servage. Relire Guerre et Paix, à l’occasion.

 

Des kanjis et des gares

Autour du Fuji San
Kowakudani, Hakone, Japon
/ 35°14’n 139°3’E / 1993
(…) Ces petits trains sympathiques se faufilent dans le massif de Hakone. Vallées étroites, forêts touffues, azalées sauvages. Les trains de montagne, on aime, c’est un peu de notre ADN d’Helvètes. Mais vigilance, il ne faut pas rater la station où l’on doit descendre. Ces haltes ne comportent que leurs noms en japonais, j’en suis réduit à une comparaison strictement graphique entre les panneaux de gares et nos billets (…)

Lire l’article : Des kanjis et des gares

Valparaíso, double image

Valparaíso, Chili / 33°2S 71°36’W / 2015
De Santiago à Valparaíso par la route, après la traversée des collines ondoyantes des vignes de Vale Casablanca, vous serez passés par Viña de Mar, station touristique un peu figée, rigide; à l’image. peut-être, des possédants du pays. Puis la route débouche rapidement dans l’étroite plaine côtière, la frange maritime de Valparaíso. La géographie n’a pas été généreuse pour les activités maritimes, il y a très peu d’espace terrestre pour les installations portuaires et commerciales. Aussi l’habitat s’est spontanément emparé des collines, les cerros, où s’entassent, dans un désordre organisé, les milliers de maisons de tôle peinte. Matériaux du pauvre, la tôle ondulée est universelle, elle assure à moindre coût une protection efficace dans les régions où vents et pluies font l’ordinaire du climat. Dans leur grisaille dominante, les porteños ont choisi de peindre leurs maisons :

(…)
Pronto,
Valparaíso,
marinero,
te olvidas
de las lágrimas,
vuelves
a colgar tus moradas,
a pintar puertas
verdes,
ventanas
amarillas,
todo
lo transformas en nave,
(…)

Pablo Neruda : Oda a Valparaíso. 1954

Bien vue, l’image des maisons transformées en navire, et prémonitoire. Vous prendrez aussi, évidemment, l’Ascensor Artillería qui part de la Plaza Aduana, au cœur du port historique. De la promenade au sommet de la colline, la vue est spectaculaire. A droite, à perte de vue, les quartiers de ces maisons coloriées. A gauche, en bas, le port, et les empilements de containers – tout aussi colorés. Regardez bien, l’échelle des éléments est assez semblable. Valparaíso, double image.

Un article de Die Welt du 15 avril 2018, repris par Courrier International (no. 1437 / 17-23.05.18), raconte l’histoire de cette boîte métallique qui a révolutionné le transport international, acteur déterminant de la mondialisation. L’EVP (« équivalent vingt pieds ») est né de l’imagination d’un transporteur américain, il y a plus de soixante ans. Et depuis, on ne peut plus s’en passer, sur mer comme sur terre. Et on connaît aussi, maintenant, les autres affectations de ce module passe-partout. Baraques de chantiers, centres de loisirs, logements provisoires; et mêmes définitifs. Ces boîtes s’empilent, se juxtaposent, s’additionnent, s’assemblent à volonté. Elles offrent des possibilités de flexibilité peu commune dans la composition d’ensembles, de plus aisément reconvertibles. Et pour une société en mutation, aux énormes besoins en logements, c’est évidemment une voie tentante. L’image du port de Valparaíso, avec ses containers, est peut-être aussi l’image d’un quartier du futur en bord de mer.

Plus d’images sur :  Valparaíso, les façades de tôle des cerros.

Un thé à Samarcande

Samarcande, Ouzbékistan / 39°37’N 66°58’E / 2013
(…) Un petit hameau, trois, quatre maisons, et la ferme familiale. On nous attend; présentations.  La mère de Zafir, babouchka timide et souriante, un fichu coloré sur la tête, sa fille aînée, un des garçons et d’autres gamins, des cousins. Il y a une épouse, que l’on ne verra pas. Ambiance champêtre d’un autre âge. (…)

Lire l’article : Un thé à Samarcande

Princières pelouses

Abu Dhabi, UAE / 24°27’N 54°22’E / 1996
(…) Puis, isolées, des parcelles vertes, des enclaves géométriques. Des résidences grand luxe cernées de hauts murs, avec pelouses manucurées, piscines, parc aux biches, jets d’eau, et autres amenities. Les princes se constituent des propriétés dans les sables, ce n’est pas la place qui manque, et il n’y pas de lois quelconques d’aménagement du territoire. Il faut, au pire, obtenir l’aval des papas. Princières pelouses du désert.(…)

Lire l’article : Princières pelouses

Les derniers jours des yali

Istanbul, Turquie / 41°0’N 28°58’E / 1988
(…) On dénombre encore quelques centaines de yali le long des deux rives. Ce sont des bâtiments délicats, l’entretien de ces structures complexes en bois est onéreux. Certains ont été reconvertis en hôtels et restaurants, voire en édifices publics. C’était le cas du yali Hekimbasi Salih Efendi, datant du XVIIIe siècle, éventré par le cargo Vitaspirit, le 7 avril 2018. (…)

Lire l’article :Les derniers jours des yali

Borodino, hiver

Borodino, Oblast de Moscou, Russie / 55°31’N 35°49’E / 2018
Lorsque j’avais dit à Dmitrii, préparant ce séjour hivernal à Moscou, que je voulais aller à Borodino, il me répondit :
« Il n’y a rien à voir en hiver, c’est une plaine enneigée, toujours venteuse, il y fait froid. Il faut venir en été, lors de la reconstitution de la bataille ».
Têtu, je lui confirmais mon programme.
Parce qu’il y avait eu Tesson :
« Des bosquets de bouleaux, de trembles, frappaient la campagne de médaillons grisâtres.(…) Des fermes fumaient, massées dans les replis. Les hameaux semblaient grelotter. Un sanglot rôdait par dessus cet écrasement. Les morts infusaient une solennité dans le paysage aluminium (…) »
Sylvain Tesson. Berezina. Edit. Guérin, Chamonix. 2015).

Lire l’article : Borodino, hiver

Canotage

Ile Solovetsky, oblast d’Arkhangelsk, Russie / 65°4’N 35°38’E / 2016

Au-delà de la partie tant soit peu animée de l’île, du décor dominant de la puissante enceinte du kremlin, un chemin de terre file dans la forêt. En quarante cinq minutes on débouche sur la rive d’un des cinquante lacs de l’île. Il y a un appontement, on y loue des canots. Un itinéraire a été sommairement fléché pour un trajet d’une douzaine de kilomètres à travers cinq lacs, reliés par des canaux. Voie de communication interne au centre de l’île, aménagée dès le XVIe siècle par les moines du monastère, pour le transport du bois, de pierres, de foin. Les canaux ont participé aussi au drainage des clairières créées pour augmenter les surfaces cultivables. Un énorme travail, effectué avec les moyens rudimentaires de ces communautés isolées et recluses.
Cette gestion du territoire a été reprise par le S.L.O.N., (Severnye laguerya osobogo naznatcheniya) ou « Camp du nord à destination spéciale », initié par le GPU. Le tristement célèbre premier camp de travaux forcés soviétiques, « laboratoire du Goulag ». Entre 1923 et 1939, ce sont quelques douze mille – chiffre précis inconnu – déportés, forçats et détenus qui subirent les conditions de ce camp qui en préfigura tant d’autres. Un musée, récemment ouvert dans un ancien baraquement du camp, expose, en toute clarté, cette sombre page d’histoire. Les Russes de passage découvrent ce qui leur a été si longtemps caché.

Les évocations des morts d’épuisement, d’exécutions sommaires, hantent les lieux. Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, « Le météorologue » d’Olivier Rolin ( Seuil/2014), a-t-il fréquenté ces parages ? Et Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, la « Révoltée » ( Seuil/2017), fusillée en 1931, à 29 ans ? Aussi les sentiments sont ambivalents, durant cette navigation dans un calme absolu. Seul le bruit, irrégulier, de nos coups d’aviron maladroits, anime la scène. Tout semble figé, il n’y a pas de vent, pas une feuille ne bouge, les eaux sont de parfaits miroirs. Les troncs des rives, les enchevêtrements de bois mort, forment d’étranges compositions. Leurs reflets sont d’une intrigante netteté, se prolongeant dans d’insondables profondeurs noires. Au franchissement des étroits canaux, des reliques d’ouvrages de soutènement, en bois, en pierre, quelque écluse abandonnée, marqueurs de la présence des hommes. Des pieux émergent, suggérant des géométries aux destinations oubliées.

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Autour du Jebel Marra

Nyala, South Darfour, Soudan / 12°3’N 24°52’E / 2002
(…) Ce tour des villages du Jebel Marra, on en parle depuis le début de ce projet. Et finalement, nous sommes à pieds d’œuvre, depuis Nyala, et la Guest House du Wali du South Darfour. Préparatifs dans un grand désordre d’ordres-contre-ordres, noria de voitures, interpellations. J’observe à distance, en petite forme (voir  «La grenouille du Gouverneur»).  Finalement départ reporté d’un jour, il manque une voiture pour caser les quinze personnes qui se sont invitées, les unes après les autres, au voyage. (…)

Lire l’article : Autour du Jebel Marra

Réveillon à Timimoun

Timimoun, Algérie / 29°15’N 0°14’E / 1984
Hiver 1983-84, premier voyage en solo en Afrique du Nord. Un grand tour dans le sud algéro-tunisien. 36 jours de porte à porte, 8’291 kilomètres. Objectif Tamanrasset.

En Algérie, deux étapes marquantes, El Goléa, et Timimoun.

El Goléa

Derniers préparatifs en vue de la partie « raid » du voyage. Lendemain, on attaque. Après quelques kilomètres de route dans le fort paysage du début du Tadémaït, des chantiers, et des déviations hors piste, parsemées de grosses ornières de camions. Premiers ensablements, on s’en sort pas mal, pelle + grilles à sable. La situation se péjore. Un premier camion nous tire d’une baignoire de fech-fech, et il faudra, plus loin, en attendre un second lorsque le véhicule posera complètement sur le châssis. C’est rassurant, ces aimables routiers, mais on ne va pas faire les 1’000 bornes jusqu’à Tam en comptant sur eux. F. frissonne, elle est à l’aspirine+thé. A 200 km. mi-parcours pour In Salah, nous croisons des Suisses vus à Gênes. Ils voyageaient à deux véhicules, leur ami en bus VW a cassé sur la piste de Reggane. Ils font marche arrière. La description de l’état des pistes nous convainc de ne pas pousser trop loin : nous rebroussons chemin avec eux, on se réinstalle à El Golea. F. ne va pas bien, température 39.5°. Un jour de repos, grosse dose de Bactrim. Tam, c’est fini…

Timimoun

F., bien brave, considère qu’elle va mieux; on repart, itinéraire modifié. Une excellente route nous mène en 375 km. à Timimoun, par beau temps et sans vent. Le VW, additionné de tout ce qu’il y a sur le toit – jerrycans eau/essence, roues de secours, pièces de rechanges et outillage – est très sensible au vent.
Nous trouvons rapidement un coin charmant dans la palmeraie où nous planquer, en solitaire, pour le Réveillon du 31 décembre. Des gamins nous repèrent rapidement, nous prenons contact pour les visites des jours suivants. Nuit reposante dans le calme, le léger bruissement des palmes, sous le ciel étoilé.
Abdelkader va être notre guide attitré. Ballade au marché et au ksar, de belle architecture vernaculaire, dite « soudanaise ». Idyllique ballade à travers la palmeraie, son système d’irrigation sophistiqué, le « peigne », dispositif ingénieux de répartition de l’eau entre les différentes parcelles. Lendemain tour de la shebka de Timimoun. Ksour et palmeraies disposés dans cette très vaste cuvette, une entité de paysage saharien pour elle-même. R. prend un peu trop d’assurance au volant, le véhicule plante dans un trou, la galerie de toit part d’un mètre en avant. Un peu de casse, passage chez le soudeur, au retour à Timimoun. Le soir, Abdelkader nous transmet l’invitation à venir partager le repas familial, au ksar Ouled Brahim. Nous aurons l’honneur de tâter du foie de chameau, menu privilégié. Le frère aîné entretien la discussion, plein de bon sens; contrastes socio-culturels. Un beau moment d’hospitalité du Sud. Une étape marquante de ce tour.

Mais, Tamanrasset, Tam pour les initiés, reste un objectif.

Oasis du Darfour

Abu Zeeriga-Musa, Nord Darfour, Soudan / 13°32’N 25°26’E / 2002
Sur la piste de El Fasher (Nord Darfour) à Nyala (Sud Darfour), au tiers environ des 200 kilomètres, une légère dépression de la plaine, et un grand bassin naturel. La résurgence d’un wadi souterrain, prenant source aux pieds du Jebel Marra, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest. Des abords verdoyants, cultivés, des troupeaux s’abreuvent. Les cartes anciennes, établies par les Britanniques (1946), donnent le nom de Abu Zureiga au point d’eau catalogué temporary. L’arabe est riche en vocabulaire pour nommer ces sites vitaux, avec des nuances qui échappent à nos langues : tamad, rahad, fula, birka, hafir.

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Progressivement, une population s’est installée à proximité; des réfugiés fuyant les combats, du Darfour et du Sud Soudan. Des concessions dispersées dans les sables et un modeste noyau, le village de Musa sur les cartes récentes. Fragile communauté, bientôt en surnombre. La sécheresse, qui s’aggrave, cause initiale des conflits dans la région.

Ici, on baptisa Ivan le Terrible

Borissoglebski, oblast de Iaroslav, Russie / 57°16’N 39°09’E / 2017
Contraste architectural saisissant. Après Rostov et son vaste kremlin élégant, baignant dans des camaïeux de gris et blancs, la  rusticité de Borrissoglebski. Formidable monastère-forteresse aux origines datant du XIVe siècle. Proche de l’état initial, implanté sur une légère pente. Tour extérieur des remparts de brique, deux cavaliers déboulent sur le chemin de ronde, comme dans l’un de ces films historiques qu’affectionne ARTE.

Puis la porte, monumentale. Largement de guingois, surprenante par quelques aberrations architecturales. Sur la gauche, comme au Moyen-Age, des boutiques branlantes adossées à la muraille. A l’intérieur, un chemin de terre sur un pré mité. Ce ne sont pas les allées bordées de platebandes fleuries de Rostov la touristique, il n’y a pas de pièces d’eau avec de jolis oiseaux. On s’attendrait plutôt à être sous le regard de quelques vautours nécrophages en repérage. Devant son corps de logis, l’archimandrite casse la croûte, assis sur un banc étroit. Entouré de rebus de bois, de tôle, d’éléments d’architecture brisés, segments de corniches, de jambages de fenêtres. Il nous a aperçu, l’higoumène, il ne se laisse pas distraire. Sérénité et frugalité, Genius loci.

Ce fut la retraite de Basile III l’Aveugle, qui eut les yeux crevés. Et c’est là, paraît-il, que l’on baptisa son fils, Ivan le Terrible (PS : voir le commentaire). Rejeton tardif promis à une belle carrière dans la terreur. Emaillée, entre autres, de la crevaison des yeux d’un architecte (celui de Saint-Basile à Moscou, cette pâtisserie disneylesque, un moindre mal donc), et de l’assassinat de son fils à coups de sceptre.

Pour ajouter au charme des lieux, il y a encore, dans l’épaisseur de la muraille, la minuscule cellule d’un moine, le vénérable Irinakh, qui y vécut trente ans enchaîné, ne dormant que trois heures par nuit sur une souche de bouleau.

Terrible pays, terribles histoires.

L’éventail de Catherine II

Kostroma, Oblast de Kostroma, Russie / 57°46’N 40°58’E / 2017
(…) Au milieu du quai côté ville, deux piliers/obélisques, surmontés de l’emblème plaqué or de l’Empire, l’une des déclinaisons de l’aigle bicéphale byzantine. Certainement la porte de la ville côté fleuve, il n’y en a pas traces. C’est le point d’ancrage du plan en éventail, parfaitement géométrique, voulu par Catherine II (…)

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Un village carélien

Kinerma, République de Carélie, Russie /  61°31’N 32°49’E  / 2016
(…) Quittant les abords du Lac Ladoga, la route tire plein est. Alternance de la dense forêt du nord, délicat mélange de sapins et bouleaux. Des percées sur des prairies non exploitées, et des marécages. La couverture du sol, le climat, ne sont guère favorables à l’agriculture. La campagne est pauvre. Des maisons de bois très simples, souvent des airs penchés, entourées de modestes jardins. Tout est simple, aucun apprêt, la nature domine. Détour au sud, par une route secondaire de mauvais état. A une dizaine de kilomètres de la route principale, le village de Kinerma, Kinnermäki en finnois. Une dizaine de maisons et une ravissante petite église, le tout en bois. Un hameau protégé : rien ne peut plus y être construit, seul l’entretien est admis (…)

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« La grosse théière est à Erevan »

 

Erevan, Arménie / 40°09’N 44°30’E / 1999
(…) Trois quatre types (…) entourent l’objet. On ouvre le sac, découverte. Décrété «antique», pièce du patrimoine, qui ne peut sortir du pays sans documents signés du Ministre de la Culture. Problématique, à quatre heures du matin. Nous tentons de jouer «L’Innocence piégée» (…) On parle confiscation.(…)

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Zanzibar, petit matin

Zanzibar, Tanzanie / 6°26’S 39°31’E / 1995
L’appel à al-fajr, de la proche mosquée; d’autres, au loin. Ensuite les cloches de l’assez affreuse Cathédrale St.-Joseph (« néo-roman », 1898, un certain Béranger, architecte). Puis une brève et approximative claironnade émanant de la base de Navy Tanzania sonnant la diane.
A 5 h. 45, montant de la venelle, les échos du moteur agonisant de la 504 du dévoué Seif. Nous faisons, avant le lever du jour, l’ouverture du port. Un babu est sollicité pour nos bagages. A bord, accoudé au bastingage, en attente de lever l’ancre vers le continent.

Bâbord, le front de mer de Stone-Town, les premiers éclairages sur la façade du Palais du Sultan. Tribord, quelque part sous ces nuées, The Dark Continent – le continent noir.

Ils ont tous été là, les David Livingstone, Richard Francis Burton, John Hanning Speke, Henry Morton Stanley, Verney Lovett Cameron.
Héros de lectures de jeunesse.

Mousson à Ras Nungwi

Ile d’Unguja, Tanzanie / 5°43’S 39°18’E / 1995
Chaleur, air immobile, on se prépare à la pluie. Temps de mousson. De lourds nuages noirs écrasent l’océan. Un vieux couple, silencieux et lent, regarde ce paysage, leur paysage, leur mer.

L’océan prend des tons métalliques, il semble un plateau, sur lequel sont posés des dhows.
Sous les cocotiers en bordure de plage, un modeste chantier naval, commun aux rivages de l’Océan Indien.

Népal des collines

Pokhara, Népal / 28°14’N 83°59’E / 1982
(…) Le pittoresque est dominant, c’est la montagne comme elle était dans nos vallées alpestres il y a quelques siècles. Romantique, certes, mais ne cachant pas le dénuement dans lequel vivent ces populations. Carences alimentaires, état sanitaire et scolarisation déficients,  quasi absence des administrations. Et l’environnement fortement dégradé par le déboisement (…)

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Saint-Louis, comptoir français

Saint-Louis, Sénégal / 16°1’N 16°28’W / 2009
(…) La petite ville coloniale, qui fut la capitale de la vaste AOF – Afrique Occidentale Française, jusqu’en 1902, est une aimable assoupie. L’échelle est sympathique, de petits bâtiments organisés en îlots dans un urbanisme en damier. Architecture simple, seuls les balcons alignés sous leurs auvents font saillies des façades lisses. (…)  Quelques belles maisons ont été transformées en hôtels, rénovations de qualité, mais rares. (…) L’entretien, la rénovation, de ce patrimoine sont évidemment hors de portée de l’économie ordinaire du pays. Situation peu encourageante, l’UNESCO menace de retirer Saint-Louis de sa liste; le maire s’en émeut sur son site Internet. (…)

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Terminus Cachoeira

Cachoeira, Bahia, Brésil / 12°36’S 38°57’W / 1997
Avec une seule demi-heure de retard, Bira est très correct; on dit que l’heure, à Bahia, est de quatre-vingt dix minutes. Bira sera un assez piètre conducteur, irrégulier. Cependant agréable compagnon; disert et compétent. Il connaît bien sa région, le recôncavo, que nous parcourons sur les 120 kilomètres vers Cachoeira. Route secondaire, état variable, comme le ciel aujourd’hui. On défile à travers des plantations. Le recôncavo est l’une des fertiles régions agricoles du pays, la canne à sucre se développe à partir de la seconde moitié du XVIe siècle. Il y a aussi le cacao; halte à mi-parcours dans une plantation, on découvre le goût fort et original du cacao pur en cassant quelques fèves qui sèchent au soleil. Et puis le tabac, de culture plus tardive, et plus artisanale aussi, nous dit-on.

Sur la rive droite du Rio Paraguaçu, São Félix. En front de fleuve, l’ancienne façade de la manufacture des cigares Dannemann, fondée en 1873 par un Allemand venu de Brême. Ce sont les plus connus des cigares brésiliens – je ne suis pas amateur, mes quelques essais se sont toujours terminés devant la cuvette des vécés. Bref tour de ville, nous resterons plus longuement en deçà du pont qui enjambe le fleuve, à la ville jumelle, Cachoeira.

Atmosphère surréaliste, un ensemble architectural que l’on croirait créé pour un plateau d’opéra. Parfaite harmonie, l’architecture coloniale portugaise dans sa meilleure expression, Des églises de toutes tailles, dans toutes les dispositions urbanistiques, des perspectives de ruelles prolongées d’emmarchements, d’excroissances de perrons, devant des façades colorées pastel, délavées par des siècles de cette succession de dur soleil et de violente pluie.
Une marque de qualité sur « Le Fil rouge portugais », ces récits de « Voyages à travers les continents », que Péroncel-Hugoz, dans ce livre qu’il publiera en 2002 (Bartillat, Paris) dédiera « Aos Portugueses, pioneiros exemplares e imigrantes modelo ». Un soir à Bahia, nous nous trouvons voisins de table d’un charmant senior portugais, discret, habillé à l’anglaise comme ils l’affectionnent – on dirait un personnage de Pessoa ou Tabucchi. Ingénieur en retraite, il parcourt le monde sur les traces du patrimoine construit portugais. Au chapitre brésilien, il part le lendemain pour Rio Branco, Acre, à 4’000 kilomètres à l’ouest, frontières avec le Pérou et la Bolivie. Boa viagem, Dr. Rodrigo X. Y. e Z….!
Aucune construction moderne ne vient polluer l’image, fragile. La ville a été classée Monument national en 1971, mais les belles intentions ont eu de la peine à prendre forme. Ou alors, des fonds ont bien été attribués, mais sont, quelque part, ailleurs, à la brésilienne…

Impressionnante façade de la gare, en équilibre instable, pouvant s’écrouler d’un moment à l’autre. Nous déjeunons dans la véranda du seul restaurant de la bourgade, surchauffée par le soleil revenu dans le décor. Progressivement, les grincements du ventilateur de plafond sont supplantés par d’autres. Sur les rails zigzagants au milieu de la rue avance une poussive locomotive; il y a encore, horaire aléatoire, de temps à autre un train sur cette vieille ligne. Terminus Cachoeira.
Cachoeira, cascade en portugais. J’en suis friand. Il faut oublier, un barragem en aval a régularisé le cours du rio. Le transport fluvial a aussi disparu; comme souvent, c’est la route et les camions qui se substituent à des moyens plus écologiques. Dernier des soucis, au Brésil, il y a tant de ressources ! « Le Brésil est le pays de l’avenir et le restera », a dit un jour Charles De Gaulle.

Darfour, l’école des sages-femmes

El Fasher, Nord Darfour, Soudan / 13°37’N 25°21’E / 2002
(…)  le Dr. Ahmed S. a pris le problème en main, au niveau de sa région. Le manque crucial de personnel médical l’a incité à faire avec les moyens disponibles : c’est-à-dire à compter sur la population féminine locale elle-même. Visant la prévention, l’amélioration des conditions d’accouchement est prioritaire. Avec un groupe restreint de femmes de confiance et de matrones, il a lancé un programme de formation de sages-femmes, pour objectif une par village (…).

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Table d’hôtes chez les Barnleys

Kitale, Kenya / 1°1’N 35°0’E / 1995
(…) Maurice, vieux guide souriant édenté,(…) nous pilote, de la banquette arrière, sur des pistes de montagne dans les Charangani Hills. Paysage habité, cultivé, entretenu. Alternance de pâturages,  de parcelles de maraîchage et d’espaces forestiers. Un habitat de huttes rondes, trapues, entourées de barrières de branchages. Moutonnement de collines, la piste serpente. Dans les lointains les montagnes bleues de l’Ouganda. Forte présence du ciel, d’impressionnants jeux de nuages. Des bleus intenses jouant contre des masses noires. Des rideaux de pluie se dessinent dans la perspective, quelques brèves et vives averses annoncent l’orage vespéral.

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Voir le Je Kempo

Gom Kora, Trashiyangtse, Bhoutan / 27°25’N 91°23’E /2011
De Mongar à Thasigang, via Gom Kora
Belle lumière matinale sur Mongar. Flânerie sur la place du bourg, les échoppes ouvrent, des moulins à prières se mêlent aux étals. Le dzong local est en cours d’agrandissement, chantier traditionnel, banche et charpente. Les moines sortent du réfectoire, vont laver leurs écuelles après le frugal repas. Parés pour une journée de méditation sur des textes millénaires.
Nous attaquons la route, chaque jour plus difficile. Ce n’est pas que la fatigue qui s’insinue, c’est aussi que nous abordons l’est du pays, sa partie la moins développée. Cette route est classée « spectaculaire », elle le mérite. Chencho assure, conduit très prudemment. Controverse : j’aimerais aller à Drametse Goemba, ce vaste ensemble de temples juché sur un plateau dans les hauteurs. Chencho renâcle, c’est trop loin, une mauvaise piste, un trop long détour. Il voit aussi le temps que je prends, en route, pour les prises de vues. Je me plie à ses avis, frustré. Pas longtemps. Quelques échanges avec des véhicules croisés nous informent que le Je Kempo est à Gom Kora. Si on ne traîne pas trop, on pourrait le voir. Let’s go, Chencho !

Gom Kora, un temple-bijou à l’architecture raffinée, élégamment posé sur un des rares replats de l’étroite vallée de la Kulong Chhu. Nous y sommes juste assez tôt. Sur la route, la limousine aux vitres teintées arborant le fanion de soie aux armes du Royaume. En-dessous, le site est largement pavoisé, des tentes ornementées dressées sur l’esplanade devant les communs, des tapis disposés dans le jardin. Tout est méticuleusement scénographié pour l’événement, la venue du Je Kempo. Le Chief Abbot, l’autorité religieuse suprême, à égalité de pouvoir avec le Roi.

La cérémonie vient de se terminer, déploiement de personnalités religieuses et civiles. Rapidement, un cortège se forme, trompes et étendards en tête, le haut dignitaire, entouré de près, aborde les escaliers vers son convoi.
Deux policiers m’ont repéré, me font signe, poliment, de ne pas photographier. Je n’aurai, du Je Kempo, qu’une image très partielle, de dos, sous sa large ombrelle safran, assortie à sa robe.

Le lieu se vide rapidement, les tapis sont roulés, on visite.

ॐ मणिपद्मे हूँ

Om mani padme hum

Le pélerin du Tamchhog Lhakhang

Tamchhog Lhakhang, Bhoutan / 27°33’N 89°50‘E / 2011
On ne peut manquer le petit monastère Tamchhog Lhakhang, lorsque l’on suit l’itinéraire obligé de Paro à Thimphu. Datant du XVe siècle, élégamment posé sur un replat un peu au-dessus de la National Highway. Il est, en voiture, à une petite heure de Paro, où l’on arrive obligatoirement.

Entre la route et le monastère, il y a la rivière. Et un pont suspendu, l’accès commandé, à ses deux extrémités, par des édicules de belle tenue.
Un pèlerin amorce son parcours, en prosternations. Dans cet exercice nettoyant l’âme et le corps, il mettra, nous dit-on, neuf jours pour rejoindre Paro.

Les oubliés de Dakar

Guinaw-Rails / Pikine, Dakar, Sénégal /14°15’N 17°23’W / 2004, 2009
(…) Tous les problèmes classiques de l’habitat du secteur informel sont réunis. Surdensité, cohabitation homme/animaux, absence d’assainissement, poussière, faiblesse de la voirie, construction précaire. Mais la problématique essentielle ici est le sol. Pour se protéger des inondations à l’hivernage, la population remblaie de manière anarchique. Aussi de nombreuses concessions se trouvent maintenant en dessous du niveau de la voirie (…) Le chemin de fer est également un élément important des communes de Guinaw-Rails . Césure entre les parties nord et sud, la voie ferrée est source d’accidents pour la population limitrophe de part et d’autre de la double voie (…).

Novembre 2009. Hivernage, depuis des semaines les quartiers marginaux de Dakar sont sous les inondations. La population vit dans des cloaques.
A Guinaw-Rails, rien n’a changé en cinq ans, malgré les annonces réitérées des autorités. Afropessimisme.

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Echec chez les Turkana

Lodwar, Kenya / 3°6’N 35°36’E / 1995
Le Lac Turkana, Lac Rudolph, la Mer de Jade.
L’un des coins les plus inhospitaliers de la planète. Ce vaste plan d’eau n’a pour exutoire que la forte évaporation, qui va en s’amplifiant.
A terme, cette «mer intérieure» est sujette à disparition.
L’avenir des populations qui en dépendent est tout aussi incertain. Dont les Turkana.

(…) L’eau semble proche du point d’ébullition, dans un paysage parfaitement lisse. Des pêcheurs tirent de misérables poissons, épars dans de mauvais filets. Quelques échassiers tentent d’animer la scène, mais ils semblent tout autant assomés de chaleur que les êtres et les éléments rassemblés au hasard, par la disgrâce de Dieu, dans ce coin de fournaise de la planète. Il n’y a rien d’autre, ni à voir, ni à faire. Nous convenons qu’il ne nous reste qu’à nous replier, quitter ces lieux, et revenir sur Lodwar (…).

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L’Opéra de la Jungle

Manaus, Amazônias, Brésil / 3°7’S 60°1’W / 1997
Manaus, Amazônias, Brasil. Rua Ramos Ferreira, 12e étage, 2 pièces – cuisine. Large baie vitrée, vue panoramique sur O Centro. L’histoire de la ville par ses constructions hétéroclites, et au milieu l’insolite Teatro Amazonas : l’Opéra de la Jungle. Inauguré en 1896, l’édifice d’inspiration Renaissance   est l’emblématique trace du «boom du caoutchouc», cette quarantaine d’années de développement effréné de la ville, au tournant des XIXe et XXe siècles.(…)

Ariau, Amazônias, Brésil /  3°10’S 57°14’W / 1997
(…) Ariau Jungle Tower. Le projet remonte à 1980, alors que Jacques Cousteau entreprend une expédition en Amazonie, accompagné de Francisco Ritta Bernardino, militaire et propriétaire d’un hôtel à Manaus – oui, c’est le Brésil. De leurs discussions sur la protection de l’environnement naît chez Bernardino l’idée de ce centre. Premières constructions en 1982 (…) Forêt pluviale oblige, en fin de journée, la puissante et courte « chuva », la pluie. Elle s’annonce par les vols effrénés des oiseaux, les animaux se mettent à l’abri, et par le bruissement métallique des feuillages. Puis un grondement progressif, comme venant de très loin, avant le déferlement des eaux. Le ciel se déchire, des trombes s’abattent. La forêt se met en clair-obscur, dans d’inquiétantes perspectives. C’est l’Opéra de la Jungle (…)

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Bhoutan, dimanche matin

Paro, Bhoutan / 27°25’N 89°24’E / 2011
Comme tous les dimanches, les archers se réunissent sur les aires de tir pour leurs joutes ancestrales. Ambiance bon enfant, dans un rituel bien réglé. Deux équipes s’affrontent à tour de rôle, sous les quolibets et tentatives de distractions de l’équipe adverse.

On vient, tous ensemble, inspecter la cible, et commenter. Sport national, les primitifs arcs de bambous ont fait place à du matériel high-tech sophistiqué, importé à gros prix.

Bhoutan, Shangri-La postmoderne ?

Paro, Bhoutan / 27°25’N 89°24’E / 2011
(…) Paro, chef-lieu de district. Vingt districts compartimentent le pays, dirigés depuis vingt dzong. Nous en visiterons une dizaine, tous organisés sur le même principe. Des corps de bâtiments autour d’une cour, au milieu une tour, l’utse. Les lieux abritent, dans une respectable cohabitation, les administrations religieuses et séculaires, à égalité de pouvoir.(…) Le dzong de Paro et ses abords, image emblématique de l’architecture du pays. Sur une pente soutenue, d’amont en aval, Ta Dzong, la tour de garde et National Museum, puis le dzong, et au pied de la colline, le Nyamai Zam, pont couvert sur la Paro Chhu, la rivière, lointain affluent du Brahmapoutre. Ensemble de forte beauté, Bertolucci avait choisi ces lieux pour diverses scènes de son film Little Bouddha (1993), bon repérage (…)

(…) De beaux paysages et une architecture vernaculaire de qualité. Derrière ce pittoresque, on a vu poindre quelques manifestations surprenantes. En premier lieu le concept de BNB – Bonheur national brut. Effet d’annonce ou réelle orientation politique, c’était en tous les cas le signe d’une certaine originalité de pensée. De quoi susciter la curiosité, il fallait aller voir sur place. Depuis lors, et face à l’inexorable «effondrement»  ( cf. Jared Diamond),  de nos sociétés occidentales, ce petit pays discret revient, régulièrement, en mémoire : Bhoutan, Shangri-La postmoderne ? (…)

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Le reportage est complété d’un album photographique. Voir la page Publications.

Fouta-Djalon

Labé, Guinée-Conakry / 11°38’N 11°53’W / 1998
Il y a longtemps que j’avais le Fouta-Djalon en tête. Cet assez mystérieux massif de l’Afrique de l’Ouest, où naissent la plupart de ses grands fleuves. Tropisme helvétique, on voue un certain respect aux montagnes-sources; le Fouta-Djalon, c’est le Gothard des Peuls. Il y a de l’eau parce que la pluviométrie est importante, il faut donc faire le voyage en saison sèche. Nous y allons un mois de février, au départ de la Guinée-Bissau, la demi-sœur lusophone (…).

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La Bekaa express

Baalbeck, Liban /34°0‘N 36°12’E / 1994
(…) Descente versant Liban, parmi des voyous aux volants. Des dépassements hasardeux. Des Mercedes de tous âges, souvent sans immatriculation (…).  Dans les derniers virages on aperçoit les vastes cultures de la Bekaa. Ce pourrait être le grenier du Liban, de toute la région; les spécialités actuelles sont le cannabis, le pavot, et le Hezbollah. Le paysage est dévasté, des carcasses de voitures plantées dans les talus. Traversées de villages crasseux et déglingués, des types armés à tous les carrefours, des uniformes en tous genres. Dominant le tout, partout, des amoncellements d’ordures. Images d’un pays en déliquescence.
Arrivés en début d’après-midi à Baalbek, nous posons nos sacs à l’Hôtel Palmyra. Charme désuet, une étape qu’il fallait faire après le Baron d’Alep. Echappant à l’atmosphère glauque de cette région, nous nous précipitons aux ruines. C’est surprenant, colossal, on est abasourdi par la densité tectonique de cet ensemble (…).

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Cabotage aux Bijagos

Archipel des Bijagos, Guinée-Bissau / Bubaque 11°16’N 15°4’W / 1998
L’Archipel des Bijagos, quatre-vingt huit îles et îlots posés au ras des flots, sur près de 2’700 km2, une dizaine habités de manière permanente. Quelques autres sont occupés temporairement par des pêcheurs sénégalais. Environ 30’000 habitants sur l’ensemble de l’archipel, l’essentiel à Bubaque, à une soixantaine de kilomètres à vol de goéland de Bissau, la capitale sur le continent. La seule île possédant un bout de route sur ses 8 kilomètres de long et 5 de large.

(…) Bubaque, sur l’île homonyme chef lieu de l’archipel (…)  Pas grand chose à voir, dans une situation confuse entre début de développement anarchique, quelques traces des traditions locales, et restes de la colonisation portugaise (…)  Notre préoccupation, c’est l’Africa Queen, nous devons rejoindre son bord à son escale à Bubaque. Ses routes tout autant que ses horaires sont aléatoires, et la communication avec le commandant dépendante de son humeur. Pour l’heure, pas de nouvelles, c’est le bateau fantôme. En attendant, allons à Orango (…)

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La Mer Blanche était bleue

Archipel Kusova, Oblast d’Arkhangelsk, Russie / 64°92’N 35°15’E / 2016
Prêts de bonne heure, ciel bleu, pas de vagues, pas de vent, pas de tempête en vue. Conditions idéales pour naviguer. Anna, qui semble connaître tout le monde au nord d’une ligne St.-Pétersbourg / Irkoutsk, affrète Roman et son gros canot. Les deux puissants moteurs hors-bords nous propulsent en une petite heure à l’Archipel Kusova.
Il faut bien chercher sur les cartes, même Wikipédia est pris en défaut. Ne pas confondre ces Kusova d’ici, en Mer Blanche, avec leur homonyme, dans l’archipel des Shantar, en Extrême-Orient, sous 54°42′45″N 138°12′55″E. Là-bas, à neuf fuseaux horaires à l’est, dans la Mer d’Okhotsk, où Andreï Makine a situé l’épilogue de son roman « L’archipel d’une autre vie » (Seuil, 2016).

77_11-027-ggCe modeste archipel est protégé, il n’y a de construit que la datcha d’été des deux gardiens, Yvan et Zhakar, qui nous accueillent sur l’île principale. Partant de la grève, un discret sentier permet de randonner, alternant les passages sur d’épais tapis de mousse, des tourbières, des dalles de granit parées de lichens. Des points de vue sublimes, de grande pureté paysagère, cadrés par une végétation où se côtoient, entre zones sous le vent et creux abrités, les écosystèmes de la taïga et de la toundra. Nous sommes seuls, un bruissement de feuillage nous fait penser qu’un ours n’est pas loin : en effet, à nos pieds, une superbe crotte toute fraîche, parsemée de myrtilles. Dans quelques semaines la glace va figer le paysage, le blanc et les gris vont dominer. Alors que nous sommes immergés dans les bleus, entre ciel infini et la mer, découpée en golfes, criques et baies entre ces îlots inhabités. On prend le thé sous l’auvent devant la datcha. Yvan extrait de son barda une flûte, souffle quelques airs; on perdrait vite la notion du temps, aux  Kusova.

 

Etapes syriennes

Damas, Syrie / 33°30’N 36°16’E /1994
La Syrie sous le régime du père, Hafez, Hafez el-Assad (1930-2000). El-Assad, « Le Lion », le surnom donné au grand-père, opposant au Mandat français en Syrie, qui deviendra le patronyme de la famille.
Régime de fer, le  parti Baas, Parti de la résurrection arabe et socialiste.
Le culte de la personnalité, omniprésence de l’effigie du Raïs.
Mais étapes obligées d’un Grand Tour.

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La Baie des Bouleaux dansants

Ile Solovki, oblast d’Arkhangelsk, Russie /65°4’N 35°38’E/2016

77_08-154-ggA partir de Petrozavodsk, capitale de la République de Carélie, nous sommes au cœur de la taïga, (du russe тайга) énorme écosystème transcontinental qui couvre le 10% des terres émergées. La route Saint-Pétersbourg – Murmansk est balisée par les pures verticales des bouleaux se détachant devant les trembles et les épineux. Il s’agit essentiellement du bouleau blanc (betula pendula), ou du bouleau à papier (betula papyrifera). Nous passerons d’ailleurs, dans quelques dizaines de kilomètres, aux abords de l’usine de pâte à papier de Kondopoga, l’une des plus grandes d’Europe. Plus loin, à la réserve naturelle de Kivach, l’une des plus anciennes du pays fondée en 1931 par l’Académie des Sciences de l’URSS, nous voyons le bouleau de Carélie (betula verrucosa). De courte taille, au tronc souvent tortueux, il se distingue par ses excroissances, ses verrues, desquelles on extrait le délicat placage de « loupe de bouleau », utilisé autrefois en marqueterie. Bois précieux et rare, l’arbre est protégé dans les plantations de Kivach.

A l’extrémité nord de ce voyage, sur l’Ile Solovki en Mer Blanche, un site splendide à proximité du village. Une baie ouvre au sud-ouest, une grève en pente douce entourée de rochers, reposoirs à goélands. Au loin, sur l’horizon, l’archipel des Kouzova. La baie est adossée à une clairière de bouleaux. Des troncs tordus, partant dans tous les sens, donnant une impression d’incessant mouvement.
On les appelle les « Bouleaux dansants » (танцующих березок ). En Russie, la poésie n’est jamais bien loin – et ce n’est pas le bouleau qui manque.

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Les églises-dépôts de Novgorod

Veliki Novgorod, oblast de Novgorod, Russie / 58°31’N 31°17’E / 2016
Mentionnée dans des chroniques nordiques dès le IXe siècle, à l’époque des Varègues, Novogorod est considérée comme la plus ancienne cité russe. Elle devient dès le Xe siècle une cité importante sur la route commerciale entre la Baltique et l’Empire byzantin. Au XIIIe siècle, Novogorod devient membre de la Ligue hanséatique, ce premier Marché commun européen. Elle en est l’un des quatre comptoirs principaux, celui situé le plus à l’est, et le seul à ne pas être un port maritime. L’accès est compliqué, du Golfe de Finlande via la Neva, le Lac Ladoga, et la Volkhov. Cet éloignement impose une gestion particulière du comptoir. Dans un pragmatisme tout nordique, le comptoir mêle fonctions religieuses et commerciales. Dans un périmètre restreint, une dizaine d’églises témoignent de ce qui constituait le « centre commercial » de la cité. Les églises sur deux niveaux sont courantes en Russie, le niveau inférieur étant l’église d’hiver, plus facile à chauffer, le niveau supérieur celle d’été. La particularité de Novgorod est que les niveaux inférieurs, partiellement enterrés, étaient des dépôts de marchandises.
La ville est tombée aux mains des nazis en août 1941, l’Armée rouge la libère en janvier 1944. Les destructions ont été considérables. De ce qui a été reconstitué à ce jour, on voit des églises élancées, organisées sur des plans compacts, dans une certaine rationalité architecturale.
Une « Nouvelle Hanse » a été créée dans les années 1980. Elle regroupe 187 cités, dans 16 pays. L’Europe du Nord, son pragmatisme. http://www.hanse.org/en/