L’Opéra de la Jungle

Manaus, Amazônias, Brésil / 3°7’S 60°1’W / 1997
Manaus, Amazônias, Brasil. Rua Ramos Ferreira, 12e étage, 2 pièces – cuisine. Large baie vitrée, vue panoramique sur O Centro. L’histoire de la ville par ses constructions hétéroclites, et au milieu l’insolite Teatro Amazonas : l’Opéra de la Jungle. Inauguré en 1896, l’édifice d’inspiration Renaissance   est l’emblématique trace du «boom du caoutchouc», cette quarantaine d’années de développement effréné de la ville, au tournant des XIXe et XXe siècles.(…)

Ariau, Amazônias, Brésil /  3°10’S 57°14’W / 1997
(…) Ariau Jungle Tower. Le projet remonte à 1980, alors que Jacques Cousteau entreprend une expédition en Amazonie, accompagné de Francisco Ritta Bernardino, militaire et propriétaire d’un hôtel à Manaus – oui, c’est le Brésil. De leurs discussions sur la protection de l’environnement naît chez Bernardino l’idée de ce centre. Premières constructions en 1982 (…) Forêt pluviale oblige, en fin de journée, la puissante et courte « chuva », la pluie. Elle s’annonce par les vols effrénés des oiseaux, les animaux se mettent à l’abri, et par le bruissement métallique des feuillages. Puis un grondement progressif, comme venant de très loin, avant le déferlement des eaux. Le ciel se déchire, des trombes s’abattent. La forêt se met en clair-obscur, dans d’inquiétantes perspectives. C’est l’Opéra de la Jungle (…)

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Bhoutan, dimanche matin

Paro, Bhoutan / 27°25’N 89°24’E / 2011
Comme tous les dimanches, les archers se réunissent sur les aires de tir pour leurs joutes ancestrales. Ambiance bon enfant, dans un rituel bien réglé. Deux équipes s’affrontent à tour de rôle, sous les quolibets et tentatives de distractions de l’équipe adverse.

On vient, tous ensemble, inspecter la cible, et commenter. Sport national, les primitifs arcs de bambous ont fait place à du matériel high-tech sophistiqué, importé à gros prix.

Bhoutan, Shangri-La postmoderne ?

Paro, Bhoutan / 27°25’N 89°24’E / 2011
(…) Paro, chef-lieu de district. Vingt districts compartimentent le pays, dirigés depuis vingt dzong. Nous en visiterons une dizaine, tous organisés sur le même principe. Des corps de bâtiments autour d’une cour, au milieu une tour, l’utse. Les lieux abritent, dans une respectable cohabitation, les administrations religieuses et séculaires, à égalité de pouvoir.(…) Le dzong de Paro et ses abords, image emblématique de l’architecture du pays. Sur une pente soutenue, d’amont en aval, Ta Dzong, la tour de garde et National Museum, puis le dzong, et au pied de la colline, le Nyamai Zam, pont couvert sur la Paro Chhu, la rivière, lointain affluent du Brahmapoutre. Ensemble de forte beauté, Bertolucci avait choisi ces lieux pour diverses scènes de son film Little Bouddha (1993), bon repérage (…)

(…) De beaux paysages et une architecture vernaculaire de qualité. Derrière ce pittoresque, on a vu poindre quelques manifestations surprenantes. En premier lieu le concept de BNB – Bonheur national brut. Effet d’annonce ou réelle orientation politique, c’était en tous les cas le signe d’une certaine originalité de pensée. De quoi susciter la curiosité, il fallait aller voir sur place. Depuis lors, et face à l’inexorable «effondrement»  ( cf. Jared Diamond),  de nos sociétés occidentales, ce petit pays discret revient, régulièrement, en mémoire : Bhoutan, Shangri-La postmoderne ? (…)

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Voir le livre photos : Bhoutan. Roland Meige

Gaza / Rafah / « al-silik »

Rafah, Gaza / 31°17’N 34°14’E / 1999
Des périmètres de gourbis, d’où émergent quelques rares bâtiments corrects. La voie centrale, large saignée effectuée au bulldozer en ligne droite dans les masures. Dimensionnée pour les chars de Tsahal. Intervention courante, les Palestiniens les appellent les Sharon Streets.  Nous déambulons à pieds, au milieu, la population se tient à distance, pas trop souriante, les gamins quémandeurs sont assez collants. Milieu sensible.

Cet espace bute, au sud, contre la frontière et son dispositif sécuritaire. Nous nous trouvons au pied d’un secteur de al-silik, « le barbelé »Succession de murs, barrières, rouleaux de barbelés, talus et fossés.

De part et d’autre, deux miradors se font pratiquement face. L’égyptien et l’israélien; leurs drapeaux flottent au vent. Les lieux paraissent étrangement déserts, je vole quelques photos, nous ne nous avançons pas plus, nous n’allons pas « off limits ».

Les maisons de la première rangée face à ce cordon sanitaire lui tournent le dos. Essentiellement des façades borgnes, obturées de tôles, d’entassements de parpaings de récupération. Remontant vers le centre, on aperçoit quelques éparses traces de vies dans des ruelles encombrées. Rien ne nous autorise à aller faire les curieux.

Fouta-Djalon

Labé, Guinée-Conakry / 11°38’N 11°53’W / 1998
Il y a longtemps que j’avais le Fouta-Djalon en tête. Cet assez mystérieux massif de l’Afrique de l’Ouest, où naissent la plupart de ses grands fleuves. Tropisme helvétique, on voue un certain respect aux montagnes-sources; le Fouta-Djalon, c’est le Gothard des Peuls. Il y a de l’eau parce que la pluviométrie est importante, il faut donc faire le voyage en saison sèche. Nous y allons un mois de février, au départ de la Guinée-Bissau, la demi-sœur lusophone (…).

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A l’Esplanade des Mosquées

Jérusalem-Est, Palestine / 32°4’N 34°54’W / 1999
Echappant aux tensions palpables de cette Jérusalem tourmentée, tiraillée, un après-midi dans le calme et la sérénité de l’Esplanade des Mosquées. Al-Ḥaram aš-Šarīf, troisième lieu saint de l’islam sunnite depuis plus de mille ans.

L’un des plus beaux sites  du Proche-Orient, ce plateau dégagé de quinze hectares sur lequel sont mis en scène les archétypes de l’architecture islamique, temps fort de l’histoire de l’art. Le vaste ensemble est parfaitement entretenu, lieu idoine pour un cours d’architecture in situ.

 

Je ne tenterai pas d’aller à l’intérieur des mosquées, comme je le fais volontiers en d’autres lieux. Ici, dans le contexte de cette Jérusalem, pôle des monothéismes exacerbés, il y a saturation de religion. Ce qui me permettra de répondre en toute franchise à l’un des soldats israéliens qui contrôlent les accès à l’esplanade : « Non, je n’ai pas été dans les mosquées ».

La Bekaa express

Baalbeck, Liban /34°0‘N 36°12’E / 1994
(…) Descente versant Liban, parmi des voyous aux volants. Des dépassements hasardeux. Des Mercedes de tous âges, souvent sans immatriculation (…).  Dans les derniers virages on aperçoit les vastes cultures de la Bekaa. Ce pourrait être le grenier du Liban, de toute la région; les spécialités actuelles sont le cannabis, le pavot, et le Hezbollah. Le paysage est dévasté, des carcasses de voitures plantées dans les talus. Traversées de villages crasseux et déglingués, des types armés à tous les carrefours, des uniformes en tous genres. Dominant le tout, partout, des amoncellements d’ordures. Images d’un pays en déliquescence.
Arrivés en début d’après-midi à Baalbek, nous posons nos sacs à l’Hôtel Palmyra. Charme désuet, une étape qu’il fallait faire après le Baron d’Alep. Echappant à l’atmosphère glauque de cette région, nous nous précipitons aux ruines. C’est surprenant, colossal, on est abasourdi par la densité tectonique de cet ensemble (…).

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Dans les souks de al-Quds

Jérusalem-Est, Palestine / 32°4’N 34°54’W / 1999
La porte de l’hôtel donne dans le souk. J’aurai de la peine à la retrouver parmi les étals, en fin de matinée. Les trottinements des ânes, les grincements de quelques charrettes m’ont annoncé, il y a quelques heures déjà, l’installation du souk, comme tous les jours, depuis toujours, et comme partout en pays arabes. Lorsque je tombe dans ce décor, du haut des quelques étroites marches de l’hôtel, tout est déjà en place, en activité, dans ce rythme si particulier, à la fois dense et calme.  C’est un cadre familier, aimable, où l’on se sent à l’aise, où j’ai mes repères.

Avant d’aborder la Jérusalem monumentale, la religieuse, avec ses lourdes tensions ancestrales, je m’octroie une longue flânerie,  d’un souk à l’autre, m’exerçant à anticiper la prochaine découverte en fonction des archétypes de la ville arabe.
Dans un espace géographiquement réduit, ce sont tous les thèmes qui sont réunis, les marchés, les artisans, l’architecture, et aussi les portraits de quelques vieux palestiniens en keffieh et veston, sur galabia grise portée avec un ceinturon de cuir. Ces regards dignes, mémoires du vécu du peuple palestinien.

A un coin de ruelle, la déclivité du sol provoque une petite terrasse  entre deux massives colonnes crépies, emplacement idoine pour trois chaises et un narguilé. En contraste, l’espace en cul-de-sac qui bute contre la colline du Dôme du Rocher, Suq al-Quattanin, ancien souk de la laine, est d’une majesté de cathédrale, avec sa haute voûte percée d’oculi qui dispensent des rais de lumière symétriques sur les parois borgnes et noires.
Le cœur et l’âme de al-Quds, très vieille cité arabe.

Cabotage aux Bijagos

Archipel des Bijagos, Guinée-Bissau / Bubaque 11°16’N 15°4’W / 1998
L’Archipel des Bijagos, quatre-vingt huit îles et îlots posés au ras des flots, sur près de 2’700 km2, une dizaine habités de manière permanente. Quelques autres sont occupés temporairement par des pêcheurs sénégalais. Environ 30’000 habitants sur l’ensemble de l’archipel, l’essentiel à Bubaque, à une soixantaine de kilomètres à vol de goéland de Bissau, la capitale sur le continent. La seule île possédant un bout de route sur ses 8 kilomètres de long et 5 de large.

(…) Bubaque, sur l’île homonyme chef lieu de l’archipel (…)  Pas grand chose à voir, dans une situation confuse entre début de développement anarchique, quelques traces des traditions locales, et restes de la colonisation portugaise (…)  Notre préoccupation, c’est l’Africa Queen, nous devons rejoindre son bord à son escale à Bubaque. Ses routes tout autant que ses horaires sont aléatoires, et la communication avec le commandant dépendante de son humeur. Pour l’heure, pas de nouvelles, c’est le bateau fantôme. En attendant, allons à Orango (…)

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La Mer Blanche était bleue

Archipel Kusova, Oblast d’Arkhangelsk, Russie / 64°92’N 35°15’E / 2016
Prêts de bonne heure, ciel bleu, pas de vagues, pas de vent, pas de tempête en vue. Conditions idéales pour naviguer. Anna, qui semble connaître tout le monde au nord d’une ligne St.-Pétersbourg / Irkoutsk, affrète Roman et son gros canot. Les deux puissants moteurs hors-bords nous propulsent en une petite heure à l’Archipel Kusova.
Il faut bien chercher sur les cartes, même Wikipédia est pris en défaut. Ne pas confondre ces Kusova d’ici, en Mer Blanche, avec leur homonyme, dans l’archipel des Shantar, en Extrême-Orient, sous 54°42′45″N 138°12′55″E. Là-bas, à neuf fuseaux horaires à l’est, dans la Mer d’Okhotsk, où Andreï Makine a situé l’épilogue de son roman « L’archipel d’une autre vie » (Seuil, 2016).

77_11-027-ggCe modeste archipel est protégé, il n’y a de construit que la datcha d’été des deux gardiens, Yvan et Zhakar, qui nous accueillent sur l’île principale. Partant de la grève, un discret sentier permet de randonner, alternant les passages sur d’épais tapis de mousse, des tourbières, des dalles de granit parées de lichens. Des points de vue sublimes, de grande pureté paysagère, cadrés par une végétation où se côtoient, entre zones sous le vent et creux abrités, les écosystèmes de la taïga et de la toundra. Nous sommes seuls, un bruissement de feuillage nous fait penser qu’un ours n’est pas loin : en effet, à nos pieds, une superbe crotte toute fraîche, parsemée de myrtilles. Dans quelques semaines la glace va figer le paysage, le blanc et les gris vont dominer. Alors que nous sommes immergés dans les bleus, entre ciel infini et la mer, découpée en golfes, criques et baies entre ces îlots inhabités. On prend le thé sous l’auvent devant la datcha. Yvan extrait de son barda une flûte, souffle quelques airs; on perdrait vite la notion du temps, aux  Kusova.

 

Etapes syriennes

Damas, Syrie / 33°30’N 36°16’E /1994
La Syrie sous le régime du père, Hafez, Hafez el-Assad (1930-2000). El-Assad, « Le Lion », le surnom donné au grand-père, opposant au Mandat français en Syrie, qui deviendra le patronyme de la famille.
Régime de fer, le  parti Baas, Parti de la résurrection arabe et socialiste.
Le culte de la personnalité, omniprésence de l’effigie du Raïs.
Mais étapes obligées d’un Grand Tour.

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La Baie des Bouleaux dansants

Ile Solovki, oblast d’Arkhangelsk, Russie /65°4’N 35°38’E/2016

77_08-154-ggA partir de Petrozavodsk, capitale de la République de Carélie, nous sommes au cœur de la taïga, (du russe тайга) énorme écosystème transcontinental qui couvre le 10% des terres émergées. La route Saint-Pétersbourg – Murmansk est balisée par les pures verticales des bouleaux se détachant devant les trembles et les épineux. Il s’agit essentiellement du bouleau blanc (betula pendula), ou du bouleau à papier (betula papyrifera). Nous passerons d’ailleurs, dans quelques dizaines de kilomètres, aux abords de l’usine de pâte à papier de Kondopoga, l’une des plus grandes d’Europe. Plus loin, à la réserve naturelle de Kivach, l’une des plus anciennes du pays fondée en 1931 par l’Académie des Sciences de l’URSS, nous voyons le bouleau de Carélie (betula verrucosa). De courte taille, au tronc souvent tortueux, il se distingue par ses excroissances, ses verrues, desquelles on extrait le délicat placage de « loupe de bouleau », utilisé autrefois en marqueterie. Bois précieux et rare, l’arbre est protégé dans les plantations de Kivach.

A l’extrémité nord de ce voyage, sur l’Ile Solovki en Mer Blanche, un site splendide à proximité du village. Une baie ouvre au sud-ouest, une grève en pente douce entourée de rochers, reposoirs à goélands. Au loin, sur l’horizon, l’archipel des Kouzova. La baie est adossée à une clairière de bouleaux. Des troncs tordus, partant dans tous les sens, donnant une impression d’incessant mouvement.
On les appelle les « Bouleaux dansants » (танцующих березок ). En Russie, la poésie n’est jamais bien loin – et ce n’est pas le bouleau qui manque.

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Kosovo, an 3

Prishtina, Kosovo / 42°40’N 21°10’E / 2011
(…) La forte présence des organisations internationales maintien une paix fragile,  mais conforte l’image d’un protectorat des Nations Unies. Les Kosovars sont impatients d’obtenir la pleine souveraineté de leur pays, il y a du ressentiment dans l’air. Des graffitis anti-EULEX ornent les murs à l’encontre de cette machinerie complexe de l’UE. Le siège de l’institution se dresse de manière arrogante au centre-ville, le plus haut bâtiment. Le nouvel état est à la peine. Les édiles du moment, issus des rangs des chefs de guerre, ne sont manifestement pas à la hauteur de la tâche. Les révélations se succèdent concernant la corruption à tous les niveaux, la criminalité rampante. Pour la population, écrasée par une jeunesse pléthorique sans emploi et sans perspective, c’est l’affairisme à la petite semaine pour les plus aventureux, survie et résilience pour les plus nombreux. (…)
Lire tout le reportage : Kosovo, an 3

Les églises-dépôts de Novgorod

Veliki Novgorod, oblast de Novgorod, Russie / 58°31’N 31°17’E / 2016
Mentionnée dans des chroniques nordiques dès le IXe siècle, à l’époque des Varègues, Novogorod est considérée comme la plus ancienne cité russe. Elle devient dès le Xe siècle une cité importante sur la route commerciale entre la Baltique et l’Empire byzantin. Au XIIIe siècle, Novogorod devient membre de la Ligue hanséatique, ce premier Marché commun européen. Elle en est l’un des quatre comptoirs principaux, celui situé le plus à l’est, et le seul à ne pas être un port maritime. L’accès est compliqué, du Golfe de Finlande via la Neva, le Lac Ladoga, et la Volkhov. Cet éloignement impose une gestion particulière du comptoir. Dans un pragmatisme tout nordique, le comptoir mêle fonctions religieuses et commerciales. Dans un périmètre restreint, une dizaine d’églises témoignent de ce qui constituait le « centre commercial » de la cité. Les églises sur deux niveaux sont courantes en Russie, le niveau inférieur étant l’église d’hiver, plus facile à chauffer, le niveau supérieur celle d’été. La particularité de Novgorod est que les niveaux inférieurs, partiellement enterrés, étaient des dépôts de marchandises.
La ville est tombée aux mains des nazis en août 1941, l’Armée rouge la libère en janvier 1944. Les destructions ont été considérables. De ce qui a été reconstitué à ce jour, on voit des églises élancées, organisées sur des plans compacts, dans une certaine rationalité architecturale.
Une « Nouvelle Hanse » a été créée dans les années 1980. Elle regroupe 187 cités, dans 16 pays. L’Europe du Nord, son pragmatisme. http://www.hanse.org/en/

 

Damas – Wadi Rum – Aqaba

Wadi Rum, Jordanie / 29°40’N 35°27’E / 1994
(…) Pleine lune, spectacle intense. Nous préparons la voiture pour la nuit.(…)  Mafleh regarde attentivement l’aménagement du véhicule, les matelas autogonflants. Il est surtout intrigué par les sacs de couchages, et pose des questions : « One sleeping bag for each, or together in one sleeping bag ? » On comprend bien que l’intimité d’un jeune couple ne soit pas parfaite dans la tente familiale multigénérations. Nous nous couchons, portes arrières ouvertes, face aux silhouettes fantasmagoriques des djebels sous la lune. De la tente voisine, celle de la belle-famille, parviennent les échos d’une TV alimentée par un générateur (…)

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Samarcande-hors-les-murs

Samarcande, Ouzbékistan / 39°39’N 66°57’E/ 2013
(…) Et les touristes arrivent, en groupes, en autocars; les groupes se suivent, il faut parquer les véhicules. Il faut de la place, que l’on a créée en taillant massivement dans l’ancien tissu urbain. Ces vieux quartiers, denses, à l’habitat serré fait de maisons basses introverties sur leurs cours, synthèse organique d’Orient et de Vieille Russie. Des ruelles aux tracés définis par le palimpseste d’anciens parcellaires, suivant aimablement le relief, il n’y a pas partout le goudron. Des parcours pleins de surprises. Les traditionnels tuyaux de gaz, jaunes quand ils sont repeints, familiers à tout l’univers ex-soviétique font fil conducteur (…)

Lire tout l’article : Samarcande hors-les-murs

Un peu d’Anatolie

Anatolie, Turquie / Ankara 39°56’N 32°51’E / 1994
La steppe, image dominante de l’Anatolie. Des horizontales entrecoupées de quelques modestes élévations tabulaires. Des rideaux de peupliers, quelques bosquets autour des bourgades, et de vastes surfaces dévolues à l’agriculture.

Les somptueux déploiements du külliye de Battal Gazi, à Seyitgazi, province d’Eskisehir, Anatolie centrale. Construit entre les XIIIe et XVIe siècles, au meilleur de l’architecture ottomane.

Lire l’article : Un peu d’Anatolie

Patrimoine russe

Ile de Kiji, République de Carélie, Russie / 62°4’N 35°12’E / 2016
Quittant la démesure de Saint-Pétersbourg – perspectives infinies, surcharge de décors des palais – en route vers le nord. L’Ile de Kiji, entièrement consacrée à un vaste écomusée de l’architecture en bois de la Carélie. Le pogost – enclos paroissial – constitue l’attraction principale, avec ses deux églises aux bulbes recouverts de tavillons.
Ces spectaculaires structures ont été construites au XVIIIe siècle sans un clou, tenues par des assemblages de bois. Des travaux de rénovation et entretien sont en cours, effectués avec grand soin. L’ensemble est, évidemment, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
Quelques familles vivent en permanence sur les îles de cet archipel du Lac Onega, dans une frugalité dont les Russes sont coutumiers. Ici, peut-être, rencontrons-nous un peu de « l’âme russe ».

Iles Solovki, Oblast d’Arkhangelsk, Russie / 65°4’N 35°38’E / 2016
Plus au nord, au terme de ce voyage, les Iles Solovki, en Mer Blanche. Le Kremlin déploie ses façades au couchant. Nous débarquons dans le port du monastère. Fondé au XVe siècle, haut lieu de l’orthodoxie russe, à l’histoire mouvementée. D’importants travaux sont, là aussi, engagés, dans toutes les parties de ce vaste ensemble. Signe de revitalisation de la vie religieuse de la Sainte Russie, nous y croisons de nombreux jeunes moines. Les Iles Solovki ont abrité dès 1923 le SLON, le premier camp de travaux forcés de l’URSS. Lire sur le sujet le très prenant récit « Le météorologue », d’Olivier Rolin / Seuil 2014.

Hadramaout, aux franges du Quart-Vide

Say’un, Yémen / 15°58′ N 48°46′ E / 1999
(…) il y a entre les djebels, des wadi, de l’eau, la vie y est possible. Nous n’étions pas certains de pouvoir y aller. C’est, après le nord du pays inaccessible, la seconde région à la sécurité aléatoire. Au moment de ce voyage, nous profitons d’une fenêtre d’accalmie, où l’on peut, moyennant demande officielle, paperasse et escortes diverses, accéder à la région. C’est tout l’est du Yémen, la frontière avec l’Arabie saoudite n’est tracée que par deux traits sur les cartes (…).
Lire l’article : Hadramaout, aux franges du Quart-Vide

 

Thessalonique, millefeuille historique

Thessaloniki, Grèce / 40°38’N 22°56’E / 2015
Derrière l’image actuelle d’une banale ville euro-balkanique, Thessalonique est un extraordinaire millefeuille historique. Macédonienne, romaine, byzantine, ottomane, grecque, les strates de l’histoire s’empilent sur son territoire. La Rotonde Saint-Georges est exemplaire. Temple de Zeus des Romains, transformée en église chrétienne vers 411, reconvertie en mosquée en 1590, et devenue l’Eglise Saint-Georges en 1912. Endommagée par le tremblement de terre de 1978, des archéologues sont toujours au travail, grattant ses entrailles.
Thessalonique fut souvent le lieu des événements qui ont marqué l’histoire de la Grèce moderne. Par exemple, l’assassinat en 1963 de Grigoris Lambrakis, résistant, député de gauche, médecin et professeur à l’Université d’Athènes. L’événement inspira le livre (Vassilikos 1966) et le film-culte « Z » (Costa-Gavras 1969).
Thessalonique, à la couture Orient/Occident, haut lieu de l’orthodoxie, où l’on boit du café turc – oh ! pardon, de l’ ελληνικός καφές / helleniko café.

Lire l’article : Marathon à Thessaloniki

Au Mont-Athos, sur la pointe des pieds

Karyes, République monastique du Mont Athos / 37°17’N 22°30’E / 2015
Mont Athos, Αγίου Όρους – Agiou Orous, la Montagne Sacrée des Orthodoxes. Vingt monastères et leurs dépendances sur la presqu’île de l’Aktè, ce doigt effilé, montagneux, tendu dans l’Egée, vers l’Orient. Depuis plus de mille ans perdurent ces communautés monacales, entretenant, par delà les contingences et turpitudes du monde séculier, la tradition de l’église chrétienne la plus proche des origines.
Aller à l’Athos, c’est aussi partir à « L’ombre de Byzance », conservatoire environnemental et architectural.
Sur la pointe des pieds, tant cet univers  nous est étranger. A l’heure de ce grand désordre dans nos sociétés, la cohérence, la ferveur spirituelle qui émanent des lieux forcent le respect. On ne revient pas totalement indemne d’un passage à l’Athos, tout distant se veut-on.

Lire le reportage : Mont-Athos / Journal

Voir le livre photos: Mont-Athos. Roland Meige

Les pigeonniers d’Ispahan

Khatoonabad, Iran / 32°39’N 51°47’E / 2008
De vastes plaines cultivées s’étendent à l’est d’Ispahan, jusqu’aux premiers reliefs de la chaîne des Karkas. De larges parcelles, délimitées par les canaux d’irrigation, longés d’étroits chemins, organisation ancestrale du territoire. Aux jonctions des parcelles, carrefours des chemins, s’élèvent encore des pigeonniers. Belles tours d’une dizaine de mètres, elles datent de l’époque safavide (XVIIe siècle), l’âge d’or d’Ispahan. La littérature nous dit qu’il y en eu près de 3’000, et que chacune pouvait contenir environ 5’000 nids, et 14’000 pigeons.

Jebel Haraz, Yémen

Al Hajjarah, Yémen / Manakha 15°4’N 43°44’E / 1999
(…) Le foundouk est à l’entrée du village, cube parfait en équilibre au bord du socle rocheux. On nous installe sur l’étroite terrasse aménagée contre la façade latérale, traditionnel repas d’accueil. Un galopin sort un pistolet d’un chiffon graisseux, il me l’offre pour 200 USD. Je luis ris au nez, arguant que c’est le prix d’une kalach’ au souk (…).

Lire tout l’article : Jebel Haraz

Sana’a

Sana’a, Yémen / 15°22N 44°11’E / 1999
A la fin du tournage au Yémen de Il Decameron, Pasolini filme Sana’a, pour un court reportage qu’il produit dans une première version en 1971, en forme d’appel à l’UNESCO pour la préservation de la ville.
Sana’a est portée sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1986, classée « Valeur universelle exceptionnelle ».
12 juin 2015, la vieille ville de Sana’a subi des bombardements. Extrait du communiqué de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova: (…) Les bâtiments résidentiels historiques, les monuments, les musées, les sites archéologiques et les lieux de culte n’ont pas été épargnés. La valeur historique et la mémoire de ces sites a subi des dégâts irréparables quand elle n’a pas été totalement détruite. »
Le Monde, 13 juin 2015 : « Depuis la fin mars, l’Arabie saoudite bombarde les rebelles houthis chiites (…) où qu’ils soient. Sans se soucier de la valeur historique, patrimoniale et millénaire des sites visés. (…) La capitale Sana’a n’est pas épargnée. »

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L’improbable coalition de pays arabes constituée pour l’opération Tempête décisive ne serait pas opérationnelle sans les armes, les appuis techniques et logistiques de puissances occidentales. Complicité de barbarie.
Lire l’article : Au Yémen : Sana’a, d’abord

Lac Kivu, côte rwandaise

De Ciangugu à Kibuye, Rwanda / Kibuye 2°3′ S 29°21′ E / 01.2001
(…) Côte accidentée, escarpée, au contour dentelé d’innombrables anses, criques et golfes. La piste est de ces anciennes voies de déplacements tracées naturellement par les piétons et leur bétail, elle suit les accidents de terrain au plus près – il n’y a pas de ponts -, elle est, à distance, quasi invisible dans le paysage (…).
Lire tout l’article : Lac Kivu, côte rwandaise
Voir aussi : Visite aux cousins

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Nord Drakensberg, RSA

Eastern Transvaal, Republic of South Africa
Nelspruit 25°27’S 30°59’E / 2009
En zigzag au Mpumalanga, l’ancien Eastern Transvaal. A travers les traces des colonialismes anglais et boers, (…) de l’autre côté de la ligne de partage que l’histoire avait tracée entre les fermiers et les commerçants, le passé quand les Boers étaient un peuple de ruraux et que les Uitlanders s’occupaient du commerce (…).
Nadine Gordimer, in : « Quelque chose, là-bas – Les saisons de la vie 1952-2007 ». Grasset. 2014.
Lire l’article : Nord Drakensberg

Vers Gao, vers Le Fleuve

Algérie, Mali / Gao 16°15’N 0°1’W / 1989
D’ Oran, Algérie à Gao, Mali, par la piste du Tanezrouft
(…) Soudain quelques loupiottes, puis quelques cases; le poste avancé de la gendarmerie, avant Gao. Accueil sec par un gros malabar en treillis, son bide rempli toute la fenêtre de la voiture. Il tamponne les passeports une lampe électrique dans la bouche, un transistor autour du cou. Dans des grésillements, on entend que Ceausescu, le Conducator roumain, vient de tomber; nous sommes dans la nuit du 23 décembre 1989. Gao la nuit, ce n’est pas Time Square, on s’égare. Guidés pour atteindre l’hôtel Atlantide. Etape mythique, obligée, l’Atlantide de Gao (…).

Lire tout l’article : Vers Gao, vers Le Fleuve

Népal

Vallée de Katmandou / Katmandou 27.7000 N 85.3330 E / 1982, 2002, 2003
Le séisme violent qui a frappé le Népal soulève trois questions concernant le pays, qui peuvent être extrapolées à de nombreux pays en développement.
Dimension humaine : une catastrophe naturelle aux conséquences désastreuses, amplifiées par la médiocrité des infrastructures, habitat, salubrité, santé, communications. Syndrome de la pauvreté endémique, sur fond d’instabilité politique.
Patrimoine : la perte certainement irrémédiable des traces vivaces d’une société urbaine, « le monde Newar », qui s’est développée entre les XIIIe et XVIIIe siècles dans la Vallée de Kathmandou. Au delà des monuments emblématiques, c’est tout un habitat, une architecture civile, un urbanisme, cohérents et habités, qui disparaîssent. On n’imagine pas que ces ensembles puissent être reconstruits à l’identique.
Tourisme : que faisaient ce millier de gens sur les pentes de l’Everest ? L’aberration des « expéditions commerciales », tourisme de masse pour clientèle aisée, dans un milieu des plus hostiles, d’accès problématique. Depuis plusieurs décennies, des voix diverses en déplorent la folie. Mais il y a de l’argent en jeu, « l’industrie touristique » dominante dans le pays.

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Voir aussi : Fin de journée à  Bungamati

Kâshân, le bazar

Kâshân, Iran / 33.9850 N  51.4099 E / 2008
Kâshân, une cinquantaine de kilomètres au nord de Natanz.
Atmosphère d’ Orient immuable au bazar, là aussi une coupole à muqarnas, mais revêtue de faïences – Kâshi, en persan, dérive du nom de la ville. L’une des traditions de cette oasis réputée, ou, aussi, l’on distille l’eau de rose.
A quelque distance hors de ville,
Shah Abbâs 1er (1587-1629)  fit construire  l’élégant Bâgh-e Fin, l’un des plus célèbres jardins d’Iran, d’une surprenante « modernité » de dessin;  on y trouve son très modeste tombeau, une pierre tombale noire.
Et il y a encore cette brochette de maisons patriciennes, vastes demeures de la bourgeoisie commerçante datant de la fin de la longue dynastie Qâjâr. Kâshân, concentré de culture et d’histoire, toujours présentes dans l’esprit des Iraniens, peuple cultivé, et fier – il a toutes raisons de l’être. 

Fin de journée à Bungamati

Bungamati, Népal / 27°37’N 85°17’E / 2003
Fin de journée pour les bouchers, un moment de détente; grosse journée avec l’abattage et le dépeçage de ce gros bestiaux.
Au cœur de Bungamati, l’un de ces bourgs d’un autre âge de la Vallée de Kathmandu. Atmosphère moyenâgeuse, toutes les activités se déroulent sur les seuils des maisons, hommes et femmes accroupis parmi déchets et ordures divers. La marmaille, nombreuse, s’ébat au milieu de cette vie élémentaire.
Sentiments partagés entre séduction du pittoresque et constat d’évidente pauvreté. Miasmes du sous-développement, loin de l’air pur des monts himalayens…

L’Erythrée à la dérobée

Erythrée / Asmara 15°19’N 38°55’E / 2000 – 2002
(…) Le pays est fermé, isolé, difficile d’accès et de déplacements. La presse est quasi inexistante, une maigre feuille officielle est parcimonieusement distribuée. Les journalistes et reporters étrangers, de plume ou d’images, sont persona non grata, leurs confrères Erythréens sont soit inféodés au régime, soit en prison; des disparitions sont signalées. La télévision nationale, dans le schéma bien connu des pays totalitaires, a pour fond d’écran le folklore et la glorification de l’histoire aménagée. L’Erythrée est classée par RSF – Reporters Sans Frontières au dernier rang de la liberté de la presse (…)
Lire tout l’article : L’Erythrée à la dérobée
Voir aussi : Asmara l’ambiguë Publié le 24.11.2014

Sur la route du Jebel Saber

Ta’izz, Yemen / 13°34’N 44°0’E / 1999
Pente abrupte, cultures en terrasses, habitat dispersé ou en hameaux; les contreforts du Jebel Saber, imposant massif du centre du pays.
Des vues superbes sur Ta’izz, qui s’étend dans la plaine, ses deux mosquées principales d’un blanc immaculé émergeant de l’ocre général.
Sur la « Route du Sheikh », sa réalisation financée par feu le très éclairé et généreux Sheikh Zayd d’Abu Dhabi. Au bout, il avait une très vaste résidence, dans la fraicheur et la verdure de la montagne. Le Sheikh aimait se divertir des plaines sableuses de son émirat, en Arabie comme en Europe.
Rude montée, une halte s’impose pour ces trois générations d’aimables Yéménites.
Yémen, Arabia Felix, l’Arabie heureuse des Greco-Romains.

Asmara l’ambiguë

Asmara, Erythrée / 15°19’N 38°55 E / 2000 – 2002
Ville-musée de l’architecture coloniale italienne, soigneusement entretenue par une laborieuse et méticuleuse population, Asmara est aussi la capitale d’un pays fermé, où règne une pauvreté évidente, dans le déni du régime autoritaire. Les jeunes ne pensent qu’à l’exil. Les Erythréens constituent le flux principal des requérants d’asile politique en Suisse.
Lire tout l’article : Asmara l’ambiguë

 

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Boeng Salang, deux frères

Phnom Penh, Cambodge / 11°32’N 104°53’E / 2003
Ces deux jeunes gens, bavardant sur le seuil de leur maisonnette, retiennent le regard par leur élégance et leur distinction naturelles. Boeng Salang, bidonville étirant ses métastases le long de la voie ferrée désaffectée qui conduisait à la gare centrale de la capitale.
Cambodge, pays le plus bombardé au monde, aux campagnes encore polluées de champs de mines, dirigé par l’ « Illustre Seigneur, Grand Protecteur suprême et Guerrier tout puissant », Hun Sen.
Lire aussi l’article : Sous les regards des Bouddhas  Publié le 23.10.2013

Mosquée de Kouenza, Mali

Kouenza, Mali / 15°30’N 3°52’W / 1990
Réalisée en 1980, signée d’un chef maçon, la très sobre mosquée de Kouenza s’inscrit dans la grande tradition de l’architecture soudano-sahélienne. Elle témoigne de la vivacité de la construction en banco, d’usage millénaire en milieux arides, de la Chine aux Amériques. C’est cependant au Mali que les plus spectaculaires de ces « architectures sans architectes » ont été réalisées.