L’Europe des clochers

Paolo Rumiz, dans son récent ouvrage Il filo infinito (Feltrinelli, Milano. 2019) évoque les fondements de l’Europe chrétienne, fruit de l’activité des moines. Extrait en traduction personnelle :

 (…) d’où est né un paysage unique au monde, à la mesure de l’homme, d’une inimaginable densité d’ermitages, d’abbayes, temples et toponymes liés au sacré. (…) où de chaque village il était possible de voir d’autres villages dans une intime topographie de clochers. Une terre « travaillée », où – à la différence de l’Asie ou de l’Afrique – il était quasi impossible de distinguer entre l’œuvre de la nature et celle de l’homme (…).

 L’image ci-dessus illustre en réduction cette perception, à l’échelle d’un canton Suisse.
Elle a été éditée en 2018 par Schweizer Heimatschutz / Patrimoine Suisse / Heimatschutz Svizzera / Protecziun da la Patria, l’institution sourcilleuse gardienne du patrimoine naturel et bâti du pays.
Un coin du canton des Grisons; vous n’en saurez pas plus, le site ne doit pas être saturé de visiteurs…

On verrait mal, n’est-ce pas, des minarets émerger dans ce paysage ? Nous avions, semaine dernière, notre Fête nationale, prétexte à cet interlude.

Bon voyage, bonnes vacances !

Sur le point de renoncer à tous nouveaux voyages, l’aîné de nos petits-enfants, études terminées,  prend le relai, et part sac au dos pour « un certain temps ». En Orient, l’Inde comme première destination. Je lui cite nos souvenirs, dont le Cachemire ( voir « Jours d’automne à Srinagar » ).

Et dans les news du jour, je trouve cette magnifique photo d’une brochette de militaires indiens, mines patibulaires, devant leurs étendards aux « logos » (sic) expressifs. Elle illustre un avis des autorités indiennes recommandant aux touristes de quitter le Cachemire.

Entre les régions où sévissent les terrorismes de toutes obédiences, celles envahies des cohortes de touristes brandissant leurs perches à selfies, les ex-beaux sites pollués de vacanciers avachis, le monde se rétrécit.

« C’était mieux avant », évidemment…Alors restons chez nous, en plongée dans nos archives.

Bon voyage tout de même, à ceux qui ont le courage de s’entasser dans des carlingues low cost, des wagons bondés sans clim’, ou des bagnoles crachant leur gaz pour s’isoler du ciel trop bleu.

 

 

Kondovan / portfolio

Kandovan, Azerbaïdjan oriental, Iran / 37°47’N 46°14’E / 2008
Au cœur de l’Azerbaïdjan oriental iranien, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Tabriz, se cache, dans la face d’une falaise de basalte du Sahand, Kondovan, village troglodyte.
Les premières grottes habitées remonteraient à un bon millier d’années. L’eau de la rivière qui serpente au pied de la falaise est réputée pour ses qualités curatives, le lieu est fréquenté par les habitants de Tabriz.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Au fil du Danube

Vienne, Autriche / 48°22’N 16°31’E / 2010

Postface 28 juin 2019

Il y a un siècle jour pour jour, aux termes de la Première guerre mondiale, on signait le Traité de Versailles, scellant le démantèlement des grands empires européens, ainsi que l’ottoman. Acte politique considérable, aux conséquences en cascade, qui ne sont pas terminées à ce jour : voir l’état des lieux en Europe centrale, en Turquie et au Proche-Orient.

François Fejtö (1909-2008) publia une analyse détaillée des conditions du démantèlement de l’Empire austro-hongrois : Requiem pour un empire défunt (1988, rééditions 1993 et 2014). Pour ce grand connaisseur, d’origine hongroise, l’Empire austro-hongrois ne s’est pas effondré sur lui-même, il a été détruit par les vainqueurs de la Grande guerre. Prenant le contre-pied des idées dominantes à l’encontre de la «double monarchie», on lit quelque part dans sa conclusion :

(…) L’espace qu’on recommence à appeler timidement «Mitteleuropa» (…) porte la marque de quatre siècles de domination, parfois brutale, mais souvent éclairée, des Habsbourg, lesquels réussirent à créer une administration qui, malgré ses tares et son bureaucratisme excessif, fonctionna depuis Prague et la Galicie jusqu’en Bosnie-Herzégovine. Un espace économique unifié, urbanisé, un creuset de peuples qui, en se mariant entre eux et en se détestant, en s’assimilant ou en s’opposant, créèrent une culture diversifiée (…)

C’est bien cette « unité dans la diversité » qui domine dans ce que l’on voit et comprend à travers les pays parcourus au Fil du Danube, lors  de ce voyage en 2010. L’évolution des frontières et des régimes politiques au cours de ce dernier siècle n’a pas gommé cette impression générale, une région, vaste, qui partage une longue histoire commune.

Lire le reportage :  Au fil du Danube

Nerekhta-les-Chambranles

Nerekhta, oblast de Kostroma, Russie / 57°27’N 40°34’E / 2017
(…) Longue balade dans les ruelles de terre de cette bourgade assoupie, arrêts devant ces gentilles maisonnettes, souvent de guingois, et les décors de leurs entourages de fenêtres. (…) Rencontre avec le maire, sur le site du monument aux morts de la Grande Guerre Patriotique. Il est flanqué de son adjoint aux travaux publics. On prépare le goudronnage de quelques rues, comme on nettoie la rivière. Le maire est guilleret, sa ville devrait être officiellement incorporée à «L’Anneau d’Or». Arrivée envisageable de touristes, des activités en vue, peut-être.

Lire l’article : Nerekhta-les-Chambranles

Ricardo Rangel

Maputo, Mozambique / 25°53’S 32°36’E / 2009
(…) Figure tutélaire du photojournalisme au Mozambique, et peut-être en Afrique en général, que Ricardo Rangel aborde dès le début des années 1950. Il est le premier employé non blanc, engagé comme photographe du journal Noticias de Tarde. Jusqu’à la fin des années 1960, il travaillera pour les principaux journaux du pays, entre Beira et Lourenço Marques. En 1970, il participe, avec quatre journalistes mozambicains, à la fondation de l’hebdomadaire Tempo, premier périodique en couleurs du pays, et, aussi, l’organe de l’opposition à la colonisation portugaise. Au cours des années qui suivent, Rangel documente très largement le développement de l’opposition, la lutte pour l’indépendance, la guerre. Il est la cible de la PIDE, la tristement célèbre police politique du Portugal. Nombre de ses photos sont saisies et détruites. Après l’indépendance, la Guerre civile, autre et vaste thème (…)

Lire l’article : Ricardo Rangel

Dix ans jour pour jour après cette belle rencontre (le 5 mai 2009) , et près de trente ans depuis la fin de la guerre civile ( 900’000 morts – 5 millions de déplacés), ce vaste pays africain n’a pas encore trouvé la voie de son développement; il figure au 180e rang mondial de l’IDH – Indice de développement humain. La Chine fait main basse sur les terres arables, et des cyclones d’une rare intensité ont récemment dévasté un large pan du pays.

Gaz russe / portfolio

Pereslavl-Zaleisski, oblast de Iaroslav, Russie / 56°44’N 58°50’E / 2017
A travers tout l’espace ex-soviétique, dans les campagnes et les anciens quartiers, le gaz domestique, le « gaz de ville » de chez nous, est distribué par des conduites hors sol.
Comme une résille d’improbables parcours de tuyaux, peints en jaune, couleur normalisée pour le fluide qu’ils contiennent. Russie, monde à part. Et pourquoi pas ?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’abâ de l’Ayatollah

Shiraz, Fars, Iran /  29°66’N 39°29’E / 2008
Nain, Ispahan, Iran / 33°56’N 52°87’E /2008
(…) Premier signe, le turban, noir; c’est donc un sayyid, un ci-devant descendant de la famille du Prophète. Et une prestance intimidante. Turban soigneusement enroulé et ajusté sur la tête tenue haute, dos droit tant que faire se peut selon l’âge. Et cette lente démarche à pas mesurés, assurant, imperceptiblement, le déploiement des pans de la cape, l`abā.(…)

Lire l’article : l’abâ de l’Ayatollah

Khartoum

Khartoum, Soudan / 15°38’N 32°32’E / 2001-2002
La lecture de « Dans Khartoum assiégée » d’Etienne Barilier ( Phébus, Paris. 2018 ) m’incite à exhumer cet article resté en jachère. Quelques moments dans Khartoum la poussiéreuse, l’assoiffée, passant d’une officine à l’autre. Je ne peux me départir de superposer au visage de Gordon Pacha, Charles George Gordon (1833-1885), celui de Mr David H., fils du dernier gouverneur du Darfour. Peut-être cette lueur de mysticisme au fond du regard bleu.
Février 2019, le Soudan revient ces jours sous les flashes de l’actualité. C’est l’entier du troisième plus grand pays d’Afrique qui est maintenant concerné.

Lire l’article :  Khartoum

Cités perdues

Tikal, Guatemala / 17°1’N 89°37’W / 1975
Angkor, Cambodge / 13°24’N 103°52’E / 2003
(…) Situées quasi sous la même latitude, mais à un peu plus de la moitié de la terre en longitude, deux civilisations brillantes, les Mayas et les Khmers, vont se développer puis disparaître rapidement, englouties par le milieu végétal de jungles épaisses.
(…) Tant pour les Mayas que pour les Khmers, les facteurs qui ont conduit à la disparition rapide de leurs empires sont divers, et peut-être d’ailleurs pas encore tous envisagés. Mais il en est un certain, dans les deux civilisations, c’est la surexploitation des ressources naturelles, avec d’inéluctables conséquences naturelles et politiques.(…)

Lire l’article :  Cités perdues

Caño Negro / portfolio

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Caño Negro, Tortuguero, Costa Rica / 10°54’N 83°51’W / 2014

(…) Al cabo de algún tiempo de navegación en aquel caño secreto, se producía un fenómeno parecido al que conocen los montañeses extraviados en las nieves : se perdía la noción de la verticalidad, dentro de una suerte de desorientación, de mareo de los ojos. No se sabía ya lo que era del árbol y lo que era del reflejo. No se sabía ya si la claridad venía de abajo o de arriba, si el techo era de agua, o el agua suelo; si las troneras abiertas en la hojarasca no eran pozos luminosos conseguidos en lo anegado. Como los maderos, los palos, las lianas, se reflejaban en ángulos abiertos o cerrados, se acababa por creer en pasos ilusorios, en salidas, corredores, orillas, inexistentes. Con el trastorno de las apariencias, en esa sucesión de pequeños espejismos al alcance de la mano, crecía en mí una sensación de desconcierto (…)

 Alejo Carpentier. Los pasos perdidos. 1988.