Xai-Xai

Xai-Xai, province de Gaza, Mozambique / 25°03’S 33°36’E / 2009

Mozambique, derniers jours de 1895.
Le lieutenant de cavalerie Joaquim Mouzinho de Albuquerque ( 1855 – 1902 ) conduit une cohorte de captifs vers la rive du Limpopo, l’empereur de Gaza, ses sept femmes, ses commandants, les restes de son armée défaite. Il fait embarquer tout ce monde à bord de la corvette à aube Capello, menée par le commandant Alvaro Soares Andrea, qui doit rejoindre Xai-Xai, à l’embouchure du fleuve.

(…) L’expédition jusqu’à Xai-Xai devrait durer deux jours. Mais la tempête soudaine empêche la progression de la corvette, ce qui perturbe Mouzinho de Albuquerque. Pour le capitaine, il n’y a pas de temps à perdre : la gloire l’attend à Lourenço Marques. Ce ne serait pas un estuaire démonté qui repousserait la célébration de ses exploits. Habitué à commander, il lui est difficile d’adopter un ton aimable : Poursuivez le voyage, commandant Andrea, ce bateau a été conçu pour franchir des tempêtes. Alvaro Andres affronte le regard hautain de Mouzinho, puis il réplique avec irritation :
-Vous commandez votre cheval; ici, c’est moi qui commande. (…)

Extrait de : « Les sables de l’empereur », Mia Couto. Edit.Métaillé, Paris. 2020. 660 pages.

Dans ce grand texte, Mia Couto décrit une des épopées de la colonisation portugaise au Mozambique à la fin du XIXe siècle, la complexité des rapports humains entre deux univers que tout oppose, les failles de l’un et de l’autre, et des personnages hauts en couleurs.

Images : ci-dessus, le large Limpopo, à l’entrée de Xai-Xai. Ci-dessous, la côte quelques dizaines de kilomètres au nord de Xai-Xai, depuis la route en bevédère de Quissico : la plage, la lagune, et l’Océan Indien.

De part et d’autre de Xai-Xai, sur environ 600 des 2’300 kilomètres de la côte du Mozambique, d’importantes lagunes s’étendent le long de plages venteuses. Ces plans d’eau ont été repérés par des amateurs de kitesurf, devenu une modeste activité touristique pour ce pays éloigné.

De retour au Portugal, la rumeur prétendit que Mouzinho s’envoyait en l’air, lui, avec la reine; Il ne le supporta pas, se suicida, dans sa quarante septième année.

Allons, prenons, nous aussi, notre élan et de la hauteur pour affronter l’année nouvelle  :

Um bom e feliz Ano Novo para todos ! 

Ricardo Rangel

Maputo, Mozambique / 25°53’S 32°36’E / 2009
(…) Figure tutélaire du photojournalisme au Mozambique, et peut-être en Afrique en général, que Ricardo Rangel aborde dès le début des années 1950. Il est le premier employé non blanc, engagé comme photographe du journal Noticias de Tarde. Jusqu’à la fin des années 1960, il travaillera pour les principaux journaux du pays, entre Beira et Lourenço Marques. En 1970, il participe, avec quatre journalistes mozambicains, à la fondation de l’hebdomadaire Tempo, premier périodique en couleurs du pays, et, aussi, l’organe de l’opposition à la colonisation portugaise. Au cours des années qui suivent, Rangel documente très largement le développement de l’opposition, la lutte pour l’indépendance, la guerre. Il est la cible de la PIDE, la tristement célèbre police politique du Portugal. Nombre de ses photos sont saisies et détruites. Après l’indépendance, la Guerre civile, autre et vaste thème (…)

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Dix ans jour pour jour après cette belle rencontre (le 5 mai 2009) , et près de trente ans depuis la fin de la guerre civile ( 900’000 morts – 5 millions de déplacés), ce vaste pays africain n’a pas encore trouvé la voie de son développement; il figure au 180e rang mondial de l’IDH – Indice de développement humain. La Chine fait main basse sur les terres arables, et des cyclones d’une rare intensité ont récemment dévasté un large pan du pays.