Tous masqués !

C’est ma recommandation, chers lecteurs, pour cette fin d’année. iIl faut que l’on sorte de cette histoire de virus; nous sommes un certain nombre, plus ou moins atteints de dromomanie, qui aimerions bien reprendre nos pérégrinations.

Alors je vous conseille le masque intégral Targui, multicouches, coton bio, teinture artisanale, et qui a franchement une autre allure que ces trucs informes dont l’on s’affuble. Des soirées de Fêtes avec ça, vous ferez tout votre effet ! Le dromadaire est optionnel, mais il vous garantit aussi largement les 2 mètres de « distance sociale », ce barbarisme.

Fidèles lecteurs, vous aurez déjà vu cette photo sur le site, mais je l’aime bien; je fais un peu de recyclage – c’est aussi tendance. Ces types ont vraiment de la tenue, et puis leur rencontre inopinée, le 18 avril 1987, vers les 14 h.00, sur la Piste du Hoggar, à une centaine de kilomètres au sud du Tropique du Cancer, fut un beau moment de voyage.

« Je rêve à Tiflis… »

Tbilissi, Géorgie / 41°73’N 44°69′ E / 1999

Je rêve à Tiflis la bossue,
A la plainte du sazandar,
Sur un pont s’attroupe le peuple
Et la ville est comme un tapis,
En bas on entend la Koura.

Au-dessus d’elle la taverne,
Et son vin et son gras pilaf,
Le bistrot est tout écarlate,
A l’hôte il apporte le verre :
Le voici prêt à te servir !

Vin de Kakhétie bien épais,
Bon à boire dans le cellier, –
Dans la fraîcheur et dans la paix,
Bois ton content et bois à deux :
C’est que tout seul on ne peut boire !

Et dans ce maigre boui-boui,
Tu y trouves même un roublard,
Tu demandes du Teliani :
Tiflis flotte dans un brouillard
Et tu nages dans la bouteille.

L’homme est vieux et le mouton jeune,
Et sous une lune embrasée
Un rose effluve de vin et
La fumée du chachlyk s’envolent.

Ossip Mandelstam
Extrait de « Tristia », 1920
Version française de Christian Mouze
Edition bilingue Harpo &,Visan-France, 2013.

Avant que Mandelstam n’écrive ce poème, Tiflis – l’actuelle Tbilissi – est, de 1785 à 1917, la capitale de la vice-royauté du Caucase. De là sont dirigées les premières Guerres du Caucase, la Russie face aux farouches montagnards, les prémices du Grand Jeux à l’articulation des XIXe et XXe siècles. Il y aura des suites, tout aussi sanglantes, sous les divers régimes que connaitra la Russie. Une passionnante histoire, formidablement racontée par Eric Hoesli dans « A la conquête du Caucase ».
Et, régulièrement, le Caucase revient dans l’actualité.

Frontières

Région genevoise, espace franco-suisse
Non, ce n’est pas le Pont sur la Drina, magnifiquement évoqué par Ivo Andric, il n’en a pas l’ampleur. C’est un modeste ouvrage sur le cours moyen de La Versoix, dont je me garde de vous donner les coordonnées, pour préserver la quiétude des lieux. Mais peut-être est-il, lui aussi, lieu de conciliabules, par des hommes venus des deux rives de la rivière.
La Versoix, une aimable rivière, frontière à la fois internationale entre le Pays de Gex français et le District de Nyon suisse, puis devient cantonale entre les cantons de Genève et Vaud.
La Versoix, sur Suisse, mais avant, proche de sa source, sur France, La Divonne. Nous la franchissons souvent en roulant, l’oubliant, puis la retrouvant sous ses frondaisons, lors de balades hygiéniques – par temps de pandémie.

En ces temps d’incertitude quant au Voyage, contraints à l’immobilisme géographique, on regarde au plus proche, autour de chez nous, où l’on butte rapidement sur des frontières. Un projet en cours d’élaboration pour le Pavillon suisse à la Biennale de Venise 2021 est intitulé : « La frontière est un territoire ». Le concept est d’aller au-dessous de l’épaisseur du trait sur la carte, pour étudier le vécu dans les espaces transfrontaliers. C’est le dossier du numéro de septembre 2020 de TRACES, consultable sur espazium.ch.

On évoque, entre autres, le Grand Genève, ce projet d’aménagement du territoire transfrontalier franco-valdo-genevois, qui peine à se concrétiser. Et l’on mesure sa fragilité lorsque, comme maintenant, des mesures administratives asymétriques restreignent les déplacements des populations de part et d’autre du trait sur la carte. On n’efface pas si facilement les frontières.

Des bornes-frontière dans le sous-bois de La Versoix

Non-voyage : suite

Région parisienne, France
Après le « Cahier de non-voyage » (sous-titre de « On dirait que l’aube n’arrivera jamais ») de Paolo Rumiz, « Le Pont de Bezons »  de Jean Rolin, s’inscrit dans cette veine. Pour ceux d’entre nous pour qui Le Voyage signifiait exotisme, longs déplacements, images pittoresques hautes en couleurs, l’auteur nous déboussole, nous entraînant dans un fascinant périple le long de la Seine, entre Melun et Mantes. Recourant, pour se repérer, à la plus triviale des cartes, Google Map, outil parfaitement adapté à sa démarche.

Je confesse être un inconditionnel lecteur des frères Rolin, et l’humour, la distanciation de Jean Rolin sont des plus salutaires en cette période de morosité globalisée.

Avec le Pont de Bezons comme point de référence, Rolin parcours, en de nombreuses étapes, des zones périurbaines, des quartiers déliquescents, des friches industrielles, répertoriant méticuleusement le nombre de salons de coiffure ethnique, les fast-food halal, les camps de rom se déplaçant devant les pelleteuses, décrivant avec acuité l’état des lieux, l’environnement, les rapports au fleuve. En référence aux Impressionnistes, il relève les mutations du paysage, des perspectives irrémédiablement bousillées. Il y fait quelques savoureuses rencontres, des personnages avec lesquels il n’a, parfois, « (…) pas de langue commune (…) », ou la gardienne d’un Cimetière des chiens qu’il croît lisant Guerre et Paix « (…) avant de constater, avec regret, qu’il s’agissait d’un roman de Joël Dicker. (…) »

Sous la légèreté de style, trait commun de l’auteur, c’est une superbe leçon de géographie urbaine, celle de ces friches que l’urbanisation forcenée, que la gentryfication des centres répandent toujours plus loin dans les territoires.

« Quelle est votre destination finale ? »

« Qu’elle est votre destination finale ? » :  J’étais toujours brièvement surpris, à l’époque des vols avec escales en divers pays, de cette question de l’hôtesse au check-in des aéroports. Ce temps est révolu, et il faudra bien choisir, en effet, une destination finale.
C’est le genre de réflexions auxquelles nous pousse la situation, quand « On dirait que l’aube n’arrivera jamais » : le titre du dernier ouvrage de Paolo Rumiz, sous-titré « Carnet de non-voyage ». Journaliste vedette de La Repubblica, où Rumiz a publié le journal de son confinement triestin du 12 mars au 1er mai 2020. Articles assemblés dans ce court ouvrage, dense de réflexions et d’idées bienvenues.
Grand voyageur, Rumiz dit quelque part qu’il a renoncé à tous voyages en avion, parmi autres bonnes résolutions. Je serais tenté de suivre cette voie, mais je n’ose tout de même pas encore m’y engager formellement…Je louvoie, il y a, au fond de mes méninges, encore quelques idées de voyages, les derniers, évidemment. Déplacés, ces projets ? …

Mascarade

Kostroma, Oblast de Kostroma, Russie / 57°46’N 40°58’E / 2017
Que n’aurons-nous pas entendu à propos des masques hygiéniques lors de cette pandémie ! Tout et son contraire, par des cohortes d’épidémiologistes, de personnalités politiques, d’anonymes spécialistes subitement sortis de leurs officines, se répandant dans tous les médias. Beaucoup auront perdu en crédibilité.

En Russie, l’histoire est comme le pays, étale, et on n’en est jamais au bout, elle est toujours présente.
A Kostroma  (voir : « L’éventail de Catherine II » )  dans les couloirs du Collège régional de musique – Kostromaskoye oblastnoye musykalnoy uschliche  je découvre contre une paroi, parmi les portraits de professeurs émérites et d’anciens élèves ayant fait carrière, ce tableau explicatif des divers types de masques à gaz, remontant à la Grande Guerre Patriotique – celle qu’en Europe occidentale l’on nomme Seconde Guerre Mondiale, et WW2 aux USA.
C’est bien illustré, didactique : on pourrait s’en inspirer, pour avoir, enfin, des indications claires et unifiées sur cette mesure de protection qui est susceptible de s’imposer.

Kostroma, le Collège de musique, entrée principale, et l’élégante caserne des pompiers, sur la vaste Sussaninskaya Ploschad.  Du nom du héros local Ivan Soussanine , dont l’aventure inspira Glinka pour son opéra  » Une vie pour le tsar « . La musique n’est jamais loin, dans l’histoire russe.

 

« Entre les continents »


Istanbul, Turquie / 41°0’N 28°87’E / 1988

(…) Il en va autrement quand on franchit le pas qui sépare l’Europe de l’Asie – il s’agit en général vraiment d’un simple pas, par exemple quand on passe de la rive européenne du Bosphore à sa rive anatolienne, ou à quelque lieu de la grande Russie – aucune rupture alors, les Balkans sont turcs, l’Espagne est maure, en Syrie s’élèvent des colonnes grecques, et au Turkestan on trouve des monnaies à l’effigie d’Alexandre : tout cela n’est qu’un seul monde, le nôtre.(…).

Extrait de :
Annemarie Schwarzenbach «Entre les continents» in «De monde en monde. Reportages 1934-1942».
Edit. Zoé, Genève, 2012

Annemarie Schwarzenbach écrit ce reportage pour Die Weltwoche, Zürich, en juillet 1941.
Quarante sept ans plus tard, le voyageur suisse trouve, sur la rive anatolienne du Bosphore, l’enseigne de l’une des deux plus grandes chaînes de commerce de détail de son pays, la Migros. Qu’en aurait dit l’observatrice attentive de l’évolution du monde que fut Annemarie Schwarzenbach ? Laissons notre imagination divaguer.

 

Istanbul / Constantinople, ville célébrée, à l’articulation Orient / Occident.
Son image symbole, la Basilique Sainte-Sophie, Ἁγία Σοφία, Hagía Sophía. D’abord, et pour toujours, un monument byzantin. Les 475 ans d’usage en mosquée, de l’avoir flanquée de minarets, ne sont que peu de choses en regard des mille ans précédents, phare de l’Eglise chrétienne d’Orient. Puis quelques décennies désacralisée en musée ne changent rien à l’histoire. Comme ne changera rien le geste provocateur de l’actuel homme fort d’Ankara, qui se rêve Khalife, d’en refaire une mosquée.

Illustration : Axonométrie de Ste.-Sophie, in : « Auguste Choisy. Histoire de l’architecture.1954 ».
A propos d’architecture orientale et des monuments d’Istanbul, rappelons tout ce que doit l’architecture ottomane à Byzance – avec tout l’immense respect porté à Mimar Sinan.

On trouve, dans les derniers paragraphes de « Aux frontières de l’Europe », de Paolo Rumiz, la phrase suivante : « (…) Sainte-Sophie est la tête de ligne parfaite d’un monde byzantin qui de Constantinople – la deuxième Rome – a gagné Kiev, Moscou et Saint-Pétersbourg, remontant jusqu’à Mourmansk, aux confins de l’océan Arctique.(…) »

« Entre les continents », l’Europe –  l’Europe politique –  devrait, une bonne fois, se décider sur sa frontière orientale. A vouloir courtiser tout le monde, tenter de pactiser avec de peu convenables dirigeants, elle s’y perd.

Kremlin et pomoïka

Soloveski, Iles Solovki, Oblast d’Arkhangelsk, Russie / 65°03’N 35°89’E / 2016
Dans « Le Journal d’un loup », récit autour de ses six ans retiré aux Iles Solovki, Mariusz Wilk donne, dans le glossaire, sous l’entrée POMOïKA :

 » POMOÏKA : décharge, dépotoir. Dans le Grand Nord, il est difficile de définir la frontière entre ce qui est une pomoïka et ce qui ne l’est pas. Cela concerne les ordures ordinaires (…) et aussi les déchets industriels (,,,) les tracteurs rouillés, les constructions inachevées, etc. La nature, dans le Grand Nord, est trop frêle pour neutraliser toute cette pollution de ses propres forces. Certains disent que l’archipel des Solovki est un trope de la Grande Décharge. (…)

L’état des lieux décrit par Wilk est celui du mitan des années 1990, lors de son séjour. L’allure est tout autre en 2016, mélange de charme et de solennité, et très peu de désordre; Soloveski s’attend à l’arrivée de touristes. J’ai quand même voulu prendre cette photo, pour deux raisons, chargées d’émotion. Parce que le monastère est sous échafaudage et mon reportage architectural est compromis. Et parce que là, dans l’axe d’une vue superbe sur le kremlin, il y a cette Lada Niva 4×4 sur les plots.  A l’abandon, ou en réparation ? on ne sait, c’est la Russie….Et cette voiture, j’en ai rêvé souvent. C’était le véhicule simple, fonctionnel, discret, si populaire dans l’espace ex-soviétique, avec lequel j’aurais aimé voyager, à travers steppes et taïgas. Fin des années 1970 début 1980, par là autour. Niva ( нива ) « champ de blé », quel joli nom pour une voiture, n’est-ce pas ? Ah ! Ces ingénieurs Russes, tous poètes…

Les blés d’Ukraine, les Terres Noires…Nostalgie des temps forts de l’URSS, avec l’industrialisation forcenée et l’exploitation à marche forcée des ressources de la terre. Malgré les vicissitudes politico-économiques, la Russie est toujours le premier producteur mondial de blé.

Ces jours, les peuples de Russie, essaimés le long des onze fuseaux horaires du plus grand pays du monde, sont invités à approuver des modifications à la Constitution en cours, tendant, entre autres, à assurer la pérennité du pouvoir en place. La Loi fondamentale de la nation devient, en quelque sorte, la Путинская конституция / Putinskaya konstitutsiya, la Constitution de Poutine.

Les images ci-dessus sont tirées de la publication « L’URSS EN CONSTRUCTION « , No. 9-10-11-12, 1937, édition française,  consacrée à la Constitution stalinienne : « 1917 – 1937 XX ans de la Grande Révolution socialiste d’octobre ». ( Archives Maurice Meige ).

A propos des Solovki, de Soloveski, de son kremlin et du monastère, voir l’article Iles du martyre.  et d’autres archivés, que vous pouvez retrouver sur la page Roland Meige du site   www.focus-voyage.com

Frugalité

Chukhloma, Kostroma, Russie / 58°45’N 42°41’E / 2017
Après l’important coup de semonce de cette pandémie, nous rappelant notre vulnérabilité et mettant au jour nos égarements, serions-nous capables de revenir à une certaine frugalité, et à des capacités de résilience ? Deux qualités communes chez nos ancêtres, question de survie pour la majorité. S’il y a encore un peuple qui les connaît et les pratique, c’est l’admirable peuple russe, qui a tout connu des vicissitudes et contraintes.
La Russie ne manque plus de rien, mais dans les vastes provinces, ce n’est pas l’excès dans la consommation. Ici, le magasin principal d’une bourgade de quelques 5’000 âmes, où l’on trouve l’essentiel. Et pour la résilience, ingrédients indispensables, il y a évidemment la vodka et le saucisson, comme l’a si bien fait sentir Svetlana Alexievitch dans « La Fin de l’homme rouge », par exemple.

Where Are The Glaciers ?

Skagway, Alaska, USA / 59°56’N 135°91’W /1992
(…) De retour sur le pont supérieur où il fait franchement froid, un grand gaillard à l’accent du deep south me demande :  » Where are the glaciers ? « . Je tente une explication simple, pour un système orographique complexe, la tête nord de l’épais massif des Chugach Mountains (…).

 » Les vents de Vancouver « , de Kenneth White, fil conducteur de ce récit de « voyage touristique », lui donnant le sel dont il aurait, sans cela, cruellement manqué. Kenneth White, inventeur et gourou de la géopoétique, et cet ouvrage certainement le plus facile d’accès, à la lecture plaisante.

Lire l’article : Where Are the Glaciers ?

Last Days / Memorial Day

Gloucester, Massachusetts, USA / 42°37’N 70°40’W / 1992
Au hasard de la route, la mythique Interstate 95, ce cordon ombilical qui nous relia un temps à notre port d’attache Alexandria VA, et dont nous revenons de sa tête nord.
Un 25 mai, Memorial Day, sur un petit port de la côte nord atlantique.(…)
Lire l’article :  Last Days / Memorial Day

C’est à une petite vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest de cette Interstate 95, à la hauteur de Waterville, Maine 44°54’N 69°73’W , et à peine trois heures en voiture de Boston, Massachussets, que Christopher Knight, en 1986, se retira du monde. Pendant près de 30 ans, sans être découvert. Le sujet de l’ouvrage  « Le dernier ermite », de Michael Finkel. Sa lecture donne à réfléchir sur la nature humaine, ses capacités mentales comme physiques, et sur la société évidemment. Aux USA, la possibilité d’évasion – en l’occurence extravagante –  qu’offrent les vastes espaces sauvages, à quelques heures de voiture des agglomérations anxiogènes, constitue, vraisemblablement, un « déterminisme géographique » dans le subconscient de leurs habitants. Enfin, c’est l’une des idées que je me suis faites de cet Extrême-Occident. 

Happy Few

Boston, Massachusetts USA /42°21’N 71°03’W /1992
(…) Le vert lumineux du gazon bute contre la façade de briques rouges de l’un des vénérables édifices répartis autour de cet espace central, planté de quelques-uns des vieux noyers qui ont donné leur nom à la plus haute colline des alentours de Boston. Et puis, cheminant par deux, une file de personnages longe l’étroit chemin dallé en pied de façade, avant d’obliquer à quatre-vingt dix degrés dans l’axe de la tente; l’entrée des Deans, les doyens, instant solennel. (…)
Lire l’article : Happy Few

Mariage pour tous ?

Tokyo, Japon / 35°50’N 138°64’E / 1993
Le mariage, chez nous, prend des tournures inattendues il y a quelques années encore. Les églises chrétiennes sont à la peine, essayant de suivre le mouvement.

Au Japon, le mariage traditionnel est shintoïste, la religion la plus populaire. C’est évidemment compliqué. Le rituel se déroule en une douzaine de phases, où les époux échangent à plusieurs reprises des coupes de miki – un saké spécifique à la cérémonie. Le tout engoncés dans d’extravagantes et encombrantes tenues.

Actuellement, de plus en plus de jeunes femmes Japonaises dédaignent tant la cérémonie que le mariage lui-même; parce qu’elles en connaissent la suite, dans cette société patriarcale et rigide. Elles ne vont pas brailler dépenaillées sur la place publique, elles donnent dans le féminisme BCBG. Instruites, professionnellement engagées et indépendantes financièrement, sans attirance pour leurs collègues mâles, qu’elles jugent, sobrement parlant, pesants.

Il en résulte une baisse significative de la natalité. Parce que si elles rejettent le mariage traditionnel et le type qui va avec, ce n’est pas pour s’encombrer de marmots. Les démographes s’inquiètent, et les démagogues s’emparent du sujet, agitant le spectre du dépérissement de la « race japonaise ».

En attendant, les jeunes Japonaises font leur voyage annuel en Europe, en copines, où les boutiques du luxe sont pleines d’attention pour elles.

Kampaï !

 

Miya-jima, Hiroshima, Japon / 39°16’N 132°18’E / 1993
(…) Nous en déduisons que les kami sont amateurs de saké, on leur en offre de la meilleure qualité, vraisemblablement (…)

Lire l’article : Kampaï !

Kampaï / Santé !
Buvez, karaokez, et distrayez-vous dans cette fin d’année !
On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, sur cette Planète Bleue virant au gris…

Hoggar

Tamanrasset, Algérie / 22°27’N 4°57’E / 1987
 » Le Hoggar, but premier de ce voyage, que l’on voulait approcher après l’aperçu du Tassili n’ Ajjer en 1971 (voir « Algérie, Oh ! Algérie ! »). Régions voisines, à l’échelle du Sahara « plus grand désert du monde ». Le Hoggar est aussi vaste que la France  » (…)
Lire l’article :  Hoggar

« Les coucous de Velika Hoča »

Velika Hoča – Hoca i Madhe, Kosovo / 42°38’N 20°67’E / 2011
Velika Hoča, en serbe, Hoca i Madhe en albanais, c’est un tout petit village – 13 km2, une petite centaine d’habitants – niché dans un replis de terrain au sud du Kosovo. Une région verdoyante de douces collines, de vignes ancestrales. Cité dans l’histoire dès le XIIe siècle, s’étendant à son âge d’or, celui de la Vieille Serbie, sur un plus large territoire, il comportait de nombreuses églises et monastères.

C’est maintenant l’une de ces enclaves serbes, ostracisées par les Albanais dominant dorénavant la région. D’accès compliqué, on a enlevé les plaques de signalisation sur la route principale, et les locaux se montrent peu coopératifs pour en indiquer le chemin. En 2009, Peter Handke en fait le sujet d’un court récit de voyage, lors de ses pérégrinations sur les traces de l’ex-Yougoslavie : « Les coucous de Velika Hoča » (en français aux éditions La Différence, Paris, 2011).

Demain, 10 décembre 2019, à Stockholm, Peter Handke reçoit le Prix Nobel de littérature. Bronca en vue dans les milieux littéraires, à l’encontre du sulfureux, controversé auteur autrichien. On retient évidemment de Handke sa compromission avec la Serbie de Milošević. Il n’en reste pas moins un des grands auteurs contemporains de langue allemande. Sous le titre  » Peter Handke, écrivain à contresens », Courrier International (no. 1518, 4 -11 décembre 2019) reprend un long article de Falter, Vienne, signé Sigrid Löffler, « la grande dame de la critique littéraire autrichienne ».

La plaque sur le mur à droite de l’image comporte, délavé, le symbole  de l’antique croix serbe, avec les quatre S en cyrillique CCCC, pour Само Слога Србина Спасава – Samo Sloga Srbina Spasava : « Seule l’union sauve les Serbes ». La devise des nationalistes serbes.

Monts Bagzane

Tabelot, Aïr, Niger / 17°61’N 8°93’E / 1987
Virée dans l’Aïr, en catimini. Magnifique région, d’accès déjà compliqué à l’époque du voyage, et actuellement totalement inaccessible. Fief historique de la rébellion touareg au Niger, sur laquelle est venu se greffer, récemment, le chancre du djihadisme saharien.

Takouba
Le, ou la takouba, si l’on parle « sabre » ou « épée », est l’arme ancestrale, emblématique touareg. On croit savoir que l’Armée française va nommer « Takouba » sa prochaine opération au Sahel. On ne sait comment la chose sera perçue localement par les fiers Touareg – qu’ils soient sur dromadaire ou pick-up Land Cruiser.

Lire l’article : Monts Bagzane

La fin de l’Histoire

Khodjent, Tadjikistan / 40°17’N 69°37’E / 2013
Cette très banale photographie, sans grand intérêt, c’est celle d’un site au prestige ancien, tombé dans l’oubli. Khodjent, c’est l’ancienne Alexandria Eschatè, « Alexandrie la plus lointaine », fondée en 329 av. J.-C. par Alexandre III. Le site le plus septentrional de son extraordinaire périple. Il venait d’épouser la très belle Roxane. Pour se remettre en forme et avant de se lancer vers l’Inde, il franchi l’Oxus (Amou-Daria), fait une virée au nord. Il créé une garnison permanente sur la rive de l’Iaxarte, le Syr-Daria.

Et bien voilà l’état des lieux, l’Iaxarte à Alexandria Eschatè, début du XXIe siècle. La cité est une tristounette ville d’Asie centrale, largement marquée dans son urbanisme par l’ère soviétique, et le fleuve s’amenuise régulièrement : il y a longtemps qu’il n’atteint plus son exutoire, la Mer d’Aral. Il  disparaît dans les sables du Kazakhstan.

Il n’y a quasi aucune trace de l’Antiquité à Khodjent, et  pas de statue d’Alexandre le Grand. Par contre sur le site d’où la photo est prise, sur la rive nord du Syr-Daria, juste à l’entrée de la ville, un grand et tout neuf Ismoil Somoni (849-907), héros national que l’historiographie nationale pose en fondateur d’un premier empire au Tadjikistan. Un peu en retrait, un Lénine  (1870-1924), déplacé pour faire place à Somoni, et repeint à la peinture d’oxyde d’aluminium. Avec ses 22 mètres il serait le plus haut d’Asie centrale.

Alors pour la mémoire d’Alexandre (356-323 av.J.-C.), je vais tout de même vous fournir deux images :

Ci-dessus, la statue d’Alexandre le Grand – λέξανδρος ὁ Μέγας à Thessalonique, Grèce / 2015.

Et là le même, dans une statuaire extravagante sur Makedonia Square, l’ensemble kitchissime du centre de Skopje, en Macédoine du Nord, ex-FYROM – Former Yugoslavia Republic of Macedonia / 2011.

Vous aurez évidemment suivi, ces dernières années, la violente controverse, qui aurait pu déboucher sur une Nouvelle Guerre Balkanique  ( mais l’UE, tentative d’empire, veillait sur ses marges orientales ) entre ex-FYROM et la Grèce, la Bulgarie en embuscade, à propos  des revendications sur l’origine « nationale » d’Alexandre le Grand. Un comble, pour ce grand conquérant, qui s’est toujours royalement foutu des frontières – pourvu que l’on parla grec dans ses états-majors, hellénisme oblige.

Sous peu, accaparés par la gestion des « objets connectés », à suivre les flux des « réseaux sociaux » et se gaver de vidéos en « streaming », à parcourir des blogs au contenu superficiel (!) – à part quelques derniers, vénérables et chenus historiens, en voie d’extinction eux aussi – nous n’aurons absolument plus le temps de nous intéresser à ces vieilleries.

Tonlé Sap, derniers jours

Siem Reap, Cambodge / 13°34’N 103°72’E / 2003
Lundi dernier 16 septembre 2019, le site du Phnom Penh Post mettait à la Une un article titré :
 » The Point of No Return » à propos de la dégradation environnementale, irrémédiable, du Tonlé Sap, constatée de manière scientifique.
Nous en avions eu un aperçu avant-coureur en 2003 déjà.

Lire l’article : Tonlé Sap, derniers jours

Timberland

Quinault, Washington, USA /  47°46’N 123°85’W / 1992

 


A chaque fois que l’actualité fait état de quelque dévastation forestière, il me revient en mémoire ce parcours sur la US Highway 101. Parce que c’est réconfortant, une vaste région où se conjuguent, de manière équilibrée, activités humaines et protection de l’environnement.

C’est donc la production raisonnable du bois d’œuvre que je veux évoquer, dans la vision de ce « développement durable » que l’on brandit dorénavant en permanence (un bel oxymore pour les plus intransigeants des écolos), et non pas mes vieux mocassins à lacets de cuir que voulait m’acheter un type à Nairobi ( « Brother, how much for your Timber’ ? »).

Quittant, direction sud, la conurbation Seattle – Tacoma, WA, la zone de SEA-TAC Airport, son imbroglio de routes de toutes catégories, il faut poursuivre jusqu’à Olympia. Là, à l’échangeur de la Interstate 05, vous visez, en remontant, la US 101 : c’est sa tête nord. Les cartographes spécialistes des cartes routières sont d’une rigueur admirable. Cette route, mythique, longe, au plus près, toute la côte Pacifique des USA depuis Los Angeles. Ils auraient pu marquer la fin de cette route à Aberdeen, laissant à part cette péninsule en cul-de-sac. Non, la US Highway 101 en fait le tour, pour se terminer à Olympia City, WA.

L’Olympic Peninsula, ce sont environ 10’000 km2 – un quart de la Suisse – un trapèze compact entouré des eaux de l’océan Pacifique sur son flanc ouest, le Détroit Juan de Fuca au nord, et le Hood Canal à l’est. Quasi au centre, le Mount Olympus 2’432 m., cœur du Olympus National Park, qui s’étend sur 3’800 km2. Et autour, des espaces où les activités humaines peuvent s’exercer : prédominantes, la sylviculture, et l’industrie du bois qui s’ensuit. Tout se fait sous le contrôle coordonné des autorités qui régissent tant les parcs nationaux que les forêts. Dans divers Information Stations & Visitors Centers, le US Forest Service et le National Parks Service exposent enjeux et stratégies communes. Comme toujours aux USA, c’est parfaitement documenté, clair, et attractif.

Le long de la route, des panneaux indiquent l’état des forêts que l’on traverse, les étapes de leur vie, des « récoltes » espacées généralement de 50 ans pour les essences communément « cultivées ». Après les espaces d’extraction des billes – on ne va pas sur les logging camps, interdit au public, trop dangereux – que l’on voit défiler sur d’énormes semi-remorques, ce seront, à l’orée des basses forêts, les premiers chantiers de transformation de la matière première, les scieries et shakes mills.

C’est de là que l’on pourvoit la construction en produits de charpente et menuiserie aux dimensions très rationnelles – la construction en bois en Amérique du nord repose sur des principes plus économiques qu’en Europe – et les traditionnels shakes & shingles, ces bardeaux de bois de belle allure.

« Forests For The Future », « The Renewable Resource », « Forest makes jobs », ce sont des slogans que l’on voit sur des dépliants. La filière bois aux USA est un secteur important de l’économie nationale. Et on sait que l’industrie du bois, compte tenu des nouvelles applications qui se développent et de ses qualités éminemment écologiques, a un beau potentiel de développement. Inspirant. Concernant la protection contre les incendies, risque majeur pour les forêts sur l’ensemble de la planète, le US Forest Service a lancé, dès 1944, une intense et suivie campagne de sensibilisation, devenue très populaire par la figure de Smokey Bear, l’ours ranger.

En fin de cette belle journée, gonflés d’effluves de sèves vivifiantes, charmante étape à Lake Quinault, sa lodge historique classée, construite en 1926, méticuleusement entretenue. Pour revenir à nos sympathiques cartographes du siècle passé, non, Quinault, tout exotique que soit son nom dans ces parages, et bien qu’il s’agisse d’une unincorporated community au sens du US Survey, n’est pas l’un de ces Copyright Traps, villes imaginaires, qu’ils se plaisaient à glisser subrepticement dans leurs dessins, tels que les décrits Olivier Hodasava dans « Une ville de papier » (Edit. Inculte, 2019).

 

Bénarès / portfolio

Varanasi -Bénarès, Uttar Pradesh, Inde / 25° 18′ N 82° 59′E / 1982

Au hasard, dans Bénarès

 (…) Il règne à Bénarès une ambiance de méditation et de prière qui vous porte, comme disent les Sages de la petite maison du silence; c’est vrai ce qu’ils affirment, que même après un court séjour on n’est déjà plus celui qu’on était à l’arrivée. Et pourtant nulle part la fantasmagorie de ce monde n’est plus charmeuse; nulle part la forme n’est plus troublante, ni la chair plus tentatrice; entre l’appel d’en bas et l’appel d’en haut, il y a lutte et déséquilibre. (…) Presque toutes les rues viennent aboutir au Gange, et là, elles s’élargissent, elles s’éclairent; là, c’est tout à coup la magnificence, les palais, la lumière des flots. (…) Ce fleuve, c’est toute la raison d’être, toute la vie de Bénarès. Du fond des palais ou des jungles, de partout, on vient pour mourir sur ces bords sacrés. (…) Oh ! Mourir à Bénarès ! Mourir au bord du Gange, avoir là son cadavre baigné une suprême fois, avoir là sa cendre jetée !… »

Pierre Loti. L’Inde (Sans les Anglais).
in : Pierre Loti. Voyages (1872-1913). Bouquins. Laffont. Paris, 1991

Marche à l’ombre à Bénarès

(…) Quand il fait aussi chaud, le monde dont les cartes, les guides touristiques et les récits des voyageurs attestent pourtant l’existence, se liquéfie, très loin, faute que l’esprit puisse le coaguler; se dérobe, faute d’aspérités auxquelles s’accrocher pour saisir, comprendre – mais comprendre quoi ?
Il lui manque le poids, la découpe précise et assurée que confère aux objets l’air himalayen soufflé mécaniquement dans les hôtels, et sans lequel le réel abdique toute consistance.
Je n’ai rien entendu, rien compris de Bénarès. Ni ce que je voyais, ni ce qu’il fallait voir, ni ce que pensaient les gens, ni même où ils allaient quand ils marchaient dans la rue, ni ce qu’ils voulaient dire en répondant à tout, contre toute évidence : « No problem », ni s’il n’y a pas de problème parce qu’il n’y a pas de solution, comme le soutenait Marcel Duchamp, ou bien pas de solution parce qu’il n’y a pas de problème, ni rien du tout en fait.
J’ai simplement eu chaud, et tout de suite encore le papier se gondole sous ma main. Mais ça va mieux, l’univers reprend forme, pour mieux tromper son monde.
Un sage bouddhiste l’a dit : « Toute n’est qu’illusion, seul l’air conditionné est réel.(…)

Emmanuel Carrère. Marche à l’ombre à Bénarès 1986
in : Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel. P.O.L. Paris. 2018

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Kondovan / portfolio

Kandovan, Azerbaïdjan oriental, Iran / 37°47’N 46°14’E / 2008
Au cœur de l’Azerbaïdjan oriental iranien, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Tabriz, se cache, dans la face d’une falaise de basalte du Sahand, Kondovan, village troglodyte.
Les premières grottes habitées remonteraient à un bon millier d’années. L’eau de la rivière qui serpente au pied de la falaise est réputée pour ses qualités curatives, le lieu est fréquenté par les habitants de Tabriz.

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Au fil du Danube

Vienne, Autriche / 48°22’N 16°31’E / 2010

Postface 28 juin 2019

Il y a un siècle jour pour jour, aux termes de la Première guerre mondiale, on signait le Traité de Versailles, scellant le démantèlement des grands empires européens, ainsi que l’ottoman. Acte politique considérable, aux conséquences en cascade, qui ne sont pas terminées à ce jour : voir l’état des lieux en Europe centrale, en Turquie et au Proche-Orient.

François Fejtö (1909-2008) publia une analyse détaillée des conditions du démantèlement de l’Empire austro-hongrois : Requiem pour un empire défunt (1988, rééditions 1993 et 2014). Pour ce grand connaisseur, d’origine hongroise, l’Empire austro-hongrois ne s’est pas effondré sur lui-même, il a été détruit par les vainqueurs de la Grande guerre. Prenant le contre-pied des idées dominantes à l’encontre de la «double monarchie», on lit quelque part dans sa conclusion :

(…) L’espace qu’on recommence à appeler timidement «Mitteleuropa» (…) porte la marque de quatre siècles de domination, parfois brutale, mais souvent éclairée, des Habsbourg, lesquels réussirent à créer une administration qui, malgré ses tares et son bureaucratisme excessif, fonctionna depuis Prague et la Galicie jusqu’en Bosnie-Herzégovine. Un espace économique unifié, urbanisé, un creuset de peuples qui, en se mariant entre eux et en se détestant, en s’assimilant ou en s’opposant, créèrent une culture diversifiée (…)

C’est bien cette « unité dans la diversité » qui domine dans ce que l’on voit et comprend à travers les pays parcourus au Fil du Danube, lors  de ce voyage en 2010. L’évolution des frontières et des régimes politiques au cours de ce dernier siècle n’a pas gommé cette impression générale, une région, vaste, qui partage une longue histoire commune.
Lire le reportage :  Au fil du Danube

Nerekhta-les-Chambranles

Nerekhta, oblast de Kostroma, Russie / 57°27’N 40°34’E / 2017
(…) Longue balade dans les ruelles de terre de cette bourgade assoupie, arrêts devant ces gentilles maisonnettes, souvent de guingois, et les décors de leurs entourages de fenêtres. (…) Rencontre avec le maire, sur le site du monument aux morts de la Grande Guerre Patriotique. Il est flanqué de son adjoint aux travaux publics. On prépare le goudronnage de quelques rues, comme on nettoie la rivière. Le maire est guilleret, sa ville devrait être officiellement incorporée à «L’Anneau d’Or». Arrivée envisageable de touristes, des activités en vue, peut-être.
Lire l’article : Nerekhta-les-Chambranles

Ricardo Rangel

Maputo, Mozambique / 25°53’S 32°36’E / 2009
(…) Figure tutélaire du photojournalisme au Mozambique, et peut-être en Afrique en général, que Ricardo Rangel aborde dès le début des années 1950. Il est le premier employé non blanc, engagé comme photographe du journal Noticias de Tarde. Jusqu’à la fin des années 1960, il travaillera pour les principaux journaux du pays, entre Beira et Lourenço Marques. En 1970, il participe, avec quatre journalistes mozambicains, à la fondation de l’hebdomadaire Tempo, premier périodique en couleurs du pays, et, aussi, l’organe de l’opposition à la colonisation portugaise. Au cours des années qui suivent, Rangel documente très largement le développement de l’opposition, la lutte pour l’indépendance, la guerre. Il est la cible de la PIDE, la tristement célèbre police politique du Portugal. Nombre de ses photos sont saisies et détruites. Après l’indépendance, la Guerre civile, autre et vaste thème (…)

Lire l’article : Ricardo Rangel

Dix ans jour pour jour après cette belle rencontre (le 5 mai 2009) , et près de trente ans depuis la fin de la guerre civile ( 900’000 morts – 5 millions de déplacés), ce vaste pays africain n’a pas encore trouvé la voie de son développement; il figure au 180e rang mondial de l’IDH – Indice de développement humain. La Chine fait main basse sur les terres arables, et des cyclones d’une rare intensité ont récemment dévasté un large pan du pays.

Gaz russe / portfolio

Pereslavl-Zaleisski, oblast de Iaroslav, Russie / 56°44’N 58°50’E / 2017
A travers tout l’espace ex-soviétique, dans les campagnes et les anciens quartiers, le gaz domestique, le « gaz de ville » de chez nous, est distribué par des conduites hors sol.
Comme une résille d’improbables parcours de tuyaux, peints en jaune, couleur normalisée pour le fluide qu’ils contiennent. Russie, monde à part. Et pourquoi pas ?

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L’abâ de l’Ayatollah

Shiraz, Fars, Iran /  29°66’N 39°29’E / 2008
Nain, Ispahan, Iran / 33°56’N 52°87’E /2008
(…) Premier signe, le turban, noir; c’est donc un sayyid, un ci-devant descendant de la famille du Prophète. Et une prestance intimidante. Turban soigneusement enroulé et ajusté sur la tête tenue haute, dos droit tant que faire se peut selon l’âge. Et cette lente démarche à pas mesurés, assurant, imperceptiblement, le déploiement des pans de la cape, l`abā.(…)
Lire l’article : l’abâ de l’Ayatollah

Khartoum

Khartoum, Soudan / 15°38’N 32°32’E / 2001-2002
La lecture de « Dans Khartoum assiégée » d’Etienne Barilier ( Phébus, Paris. 2018 ) m’incite à exhumer cet article resté en jachère. Quelques moments dans Khartoum la poussiéreuse, l’assoiffée, passant d’une officine à l’autre. Je ne peux me départir de superposer au visage de Gordon Pacha, Charles George Gordon (1833-1885), celui de Mr David H., fils du dernier gouverneur du Darfour. Peut-être cette lueur de mysticisme au fond du regard bleu.
Février 2019, le Soudan revient ces jours sous les flashes de l’actualité. C’est l’entier du troisième plus grand pays d’Afrique qui est maintenant concerné.
Lire l’article :  Khartoum

Cités perdues

Tikal, Guatemala / 17°1’N 89°37’W / 1975
Angkor, Cambodge / 13°24’N 103°52’E / 2003
(…) Situées quasi sous la même latitude, mais à un peu plus de la moitié de la terre en longitude, deux civilisations brillantes, les Mayas et les Khmers, vont se développer puis disparaître rapidement, englouties par le milieu végétal de jungles épaisses.
(…) Tant pour les Mayas que pour les Khmers, les facteurs qui ont conduit à la disparition rapide de leurs empires sont divers, et peut-être d’ailleurs pas encore tous envisagés. Mais il en est un certain, dans les deux civilisations, c’est la surexploitation des ressources naturelles, avec d’inéluctables conséquences naturelles et politiques.(…)

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Caño Negro / portfolio

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Caño Negro, Tortuguero, Costa Rica / 10°54’N 83°51’W / 2014

(…) Al cabo de algún tiempo de navegación en aquel caño secreto, se producía un fenómeno parecido al que conocen los montañeses extraviados en las nieves : se perdía la noción de la verticalidad, dentro de una suerte de desorientación, de mareo de los ojos. No se sabía ya lo que era del árbol y lo que era del reflejo. No se sabía ya si la claridad venía de abajo o de arriba, si el techo era de agua, o el agua suelo; si las troneras abiertas en la hojarasca no eran pozos luminosos conseguidos en lo anegado. Como los maderos, los palos, las lianas, se reflejaban en ángulos abiertos o cerrados, se acababa por creer en pasos ilusorios, en salidas, corredores, orillas, inexistentes. Con el trastorno de las apariencias, en esa sucesión de pequeños espejismos al alcance de la mano, crecía en mí una sensación de desconcierto (…)

 Alejo Carpentier. Los pasos perdidos. 1988.