Canotage

Ile Solovetsky, oblast d’Arkhangelsk, Russie / 65°4’N 35°38’E / 2016

Au-delà de la partie tant soit peu animée de l’île, du décor dominant de la puissante enceinte du kremlin, un chemin de terre file dans la forêt. En quarante cinq minutes on débouche sur la rive d’un des cinquante lacs de l’île. Il y a un appontement, on y loue des canots. Un itinéraire a été sommairement fléché pour un trajet d’une douzaine de kilomètres à travers cinq lacs, reliés par des canaux. Voie de communication interne au centre de l’île, aménagée dès le XVIe siècle par les moines du monastère, pour le transport du bois, de pierres, de foin. Les canaux ont participé aussi au drainage des clairières créées pour augmenter les surfaces cultivables. Un énorme travail, effectué avec les moyens rudimentaires de ces communautés isolées et recluses.
Cette gestion du territoire a été reprise par le S.L.O.N., (Severnye laguerya osobogo naznatcheniya) ou « Camp du nord à destination spéciale », initié par le GPU. Le tristement célèbre premier camp de travaux forcés soviétiques, « laboratoire du Goulag ». Entre 1923 et 1939, ce sont quelques douze mille – chiffre précis inconnu – déportés, forçats et détenus qui subirent les conditions de ce camp qui en préfigura tant d’autres. Un musée, récemment ouvert dans un ancien baraquement du camp, expose, en toute clarté, cette sombre page d’histoire. Les Russes de passage découvrent ce qui leur a été si longtemps caché.

Les évocations des morts d’épuisement, d’exécutions sommaires, hantent les lieux. Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, « Le météorologue » d’Olivier Rolin ( Seuil/2014), a-t-il fréquenté ces parages ? Et Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, la « Révoltée » ( Seuil/2017), fusillée en 1931, à 29 ans ? Aussi les sentiments sont ambivalents, durant cette navigation dans un calme absolu. Seul le bruit, irrégulier, de nos coups d’aviron maladroits, anime la scène. Tout semble figé, il n’y a pas de vent, pas une feuille ne bouge, les eaux sont de parfaits miroirs. Les troncs des rives, les enchevêtrements de bois mort, forment d’étranges compositions. Leurs reflets sont d’une intrigante netteté, se prolongeant dans d’insondables profondeurs noires. Au franchissement des étroits canaux, des reliques d’ouvrages de soutènement, en bois, en pierre, quelque écluse abandonnée, marqueurs de la présence des hommes. Des pieux émergent, suggérant des géométries aux destinations oubliées.

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